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Dimanche, 29 Juillet 2012 15:39

Sur l'île de la Réunion, les requins restent les éternels boucs émissaires d'un préfet dépassé

Commentaire de Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France

Sur l’Ile de la réunion, les requins restent les éternels boucs émissaires d’un préfet dépasséLe 23 juillet dernier, un jeune surfeur de 22 ans a trouvé la mort suite à un tragique accident impliquant un requin. Nous regrettons ce drame et adressons nos sincères condoléances à la famille du jeune homme. Néanmoins, nous sommes sidérés de voir que le préfet de la Réunion, Monsieur Michel Lalande, se laisse aller aux mêmes errances que lors du dernier accident, en septembre 2011, où il s’était laissé convaincre d’autoriser des battues ''préventives'' ciblant les requins de la réserve marine. L’article 10 du décret relatif à la création de la réserve marine est pourtant très explicite: ''Les activités sportives, ludiques, pédagogiques, touristiques et de promenade ne doivent pas porter atteinte à l’intérêt et au patrimoine de la réserve. Elles peuvent être réglementées par le préfet."

Soit, mais alors que faire quand ledit préfet se laisse dépasser par la situation et cède à la pression des associations de surfeurs et autres professionnels du nautisme? Monsieur Lalande vient en effet de juger opportun d’inciter ces derniers à encourager (financièrement) des pêcheurs professionnels à tuer les requins dans certaines zones de la réserve marine. Les requins-bouledogues sont impropres à la consommation en raison de la contamination de leur chair. Les individus massacrés le seraient donc pour la seule raison qu’ils sont considérés comme des ''gêneurs'' par certains ''usagers de la mer''.  Aujourd’hui, après 400 millions d’années de bons et loyaux services rendus à l’écosystème océanique, les requins sont devenus persona non grata et sont en passe d’être sacrifiés sur l’autel de nos loisirs.

Hormis le problème éthique incontestable posé par une telle déclaration, Monsieur Lalande met aussi en péril le programme CHARC (Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte ouest de la Réunion), confié à l’IRD du département (Institut de Recherche pour le Développement) et lancé le 18 octobre dernier.  Ce programme - qui a déjà coûté 700 000 euros au contribuable - vise à mieux comprendre le comportement des requins pour mieux gérer les risques.

On sait que les facteurs favorisant les accidents avec les requins sont multiples et ils sont tous - sans exception - de nature anthropiques (gestion des déchets, surpêche, urbanisation...). Autant de chantiers nécessitant bien plus d’efforts et de travail qu’une battue de requins, nos politiciens l’ont bien compris et Monsieur Lalande n’est pas le seul.

En effet, le 27 juillet dernier à l’Assemblée Nationale, sans autre élément de preuve que celui d’en être ''convaincu'', Monsieur Thierry Robert, député MoDem et Maire de Saint-Leu, a pointé du doigt la réserve marine, l’accusant d’être responsable de la présence des requins. Voilà une façon bien démagogique et politicienne de ''surfer'' sur la mort de la dernière victime. Un arrivisme qui n’est pas sans rappeler l’envolée vindicative d’Éric Raoult, député UMP, qui appelait à une battue contre les ''requins mangeurs d’hommes'' en octobre dernier, suite à la mort d’un surfeur.

Monsieur Robert se dit soucieux de la sécurité de ces concitoyens, ce qui est tout à son honneur. Il est vrai qu’en 2011, la Réunion a eu à déplorer deux décès suite à des accidents impliquant des requins. Mais on est alors en droit de s’étonner que Monsieur Robert, au vu de son grand humanisme, n’ait pas encore pris à bras le corps le problème de la sécurité routière, responsable de la mort de 757 personnes sur l'île, ces dix dernières années (dont 42 en 2011), ou encore de la violence conjugale qui a coûté la vie à 6 femmes pour la seule année dernière. Comment interpréter ce deux poids-deux mesures? Les morts qui surviennent dans le cadre d’activités de loisirs sont-elles plus intolérables et insupportables que celles qui frappent les citoyens dans leurs déplacements journaliers ou dans leur vie de famille?

En réalité, Messieurs Robert et Lalande l’ont bien compris: il est plus simple de tuer les requins que d’éduquer les automobilistes et les maris violents. Mais s’il pense pouvoir acheter la paix sociale en livrant les requins à la vindicte populaire, Monsieur le Préfet pourrait avoir de mauvaises surprises. La biodiversité marine - requins inclus - sert l’intérêt vital de tous, contrairement aux associations sportives et nautiques qui ne défendent que l’intérêt superflu de quelques-uns. C’est aussi sur cette faculté de discernement que le préfet sera jugé... par le peuple, justement.

Saluons au passage, la Députée-Maire de Saint-Paul, Madame Huguette Bello, qui se démarque par une attitude empreinte de bon sens et ne cède pas à la pression d’une minorité, au détriment de l’intérêt général. Une attitude suffisamment rare dans l’arène politique pour être soulignée.

À noter également pour l’anecdote que 2012 est apparemment ''année de la biodiversité et de l’environnement'' sur l"île de la Réunion. C’est du moins ce qui est mis en avant sur le site officiel de l'île...

Lamya ESSEMLALI
Présidente Sea Shepherd France
www.seashepherd.fr
contact@seashepherd.fr

 


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