Sea Shepherd découvre un charnier de tortues marines à Mayotte

Pour la cinquième année consécutive, nous sommes de retour dans le département français de Mayotte pour protéger les tortues marines. Avec un retard conséquent sur le lancement de mission en raison des mesures sanitaires, nos équipes constatent avec effroi que malgré le plan annoncé en grande pompe par le préfet l’année dernière et un Plan National d’Action ainsi que des dizaines de milliers d’euros investis, la situation est toujours aussi dramatique pour les tortues.

Un charnier de tortues découvert sur la plage « protégée » de Saziley

La semaine dernière, nos équipes en patrouille sur la plage de Saziley, site protégé et sous la responsabilité du Conservatoire du littoral, ont découvert, camouflés près du campement des Naturalistes de Mayotte qui bivouaquent chaque semaine sur cette plage, les ossements correspondant à des dizaines de tortues ainsi que trois carapaces appartenant à des tortues tuées il y a moins d’un mois (Photo 2 & 3). Les « naturalistes de Mayotte » ont pourtant perçu des dizaines de milliers d’euros de la préfecture pour « protéger » les tortues de Saziley et continuent à réclamer des dons dans ce sens.

Deux nuits auparavant, nos équipes découvraient une tortue braconnée une quinzaine de jours plus tôt sur la plage voisine d’Angaltsara. (Photo ci-dessous)

Les « gardiens » du Conseil Départemental, toujours absents au poste sur les plages

Ce matin, nos équipes ont découvert un énième cadavre de tortue, découpée vivante la nuit dernière sur la plage de Papani alors qu’elle était venue pondre. Nos équipes patrouillaient cette nuit-là, sur les plages de Moya 1 et 2, normalement sous la surveillance des « gardiens » du Conseil départemental de Mayotte. Depuis 5 ans, nous dénonçons l’absence des gardiens qui laissent les tortues livrées aux braconniers nous contraignant ainsi à couvrir leur absence. Trois tortues sont montées cette nuit sur Moya. Au petit matin, nos équipes ont fait une inspection sur la plage de Papani et ont découvert une tortue tuée quelques heures auparavant, les braconniers avaient pris le temps de camoufler le cadavre en l’enterrant dans le sable. (Photos ci-dessous) Cette tortue est morte parce que nous avons été obligés de protéger la plage de Moya en lieu et place des gardiens du Conseil départemental.

Nos équipes sur place affaiblies par un Préfet qui refuse de faire figurer la protection des tortues sur la liste des motifs impérieux.

Il est encore plus difficile pour nous cette année de patrouiller efficacement en raison des motifs impérieux instaurés à Mayotte. Si nous comprenons qu’il est essentiel de préserver la santé de chacun, nous ne comprenons pas les critères requis pour qualifier un motif d’impérieux ou non. En effet, il est possible pour les personnes vaccinées de se rendre à Mayotte sans motif impérieux, mais cela n’est pas possible pour les personnes non vaccinées. Or, si parmi les motifs impérieux figurent, l’enterrement d’un proche parent ou les relations commerciales et entrepreneuriales, la protection des tortues marines contre le braconnage n’y figure pas. Plusieurs personnes clés de nos équipes ne sont pas vaccinées pour des raisons personnelles et n’ont donc pas pu se joindre à la mission cette année. Nous avons fait la demande à Monsieur Thierry Suquet, nouveau préfet de Mayotte d’ajouter la protection des tortues à la liste des motifs impérieux, au même titre qu’un déplacement d’ordre professionnel ou commercial. Ce dernier a refusé. En conséquence, nous patrouillons sur beaucoup moins de plages et nous sommes contraints de faire des choix difficiles, comme celui de renoncer à patrouiller sur la plage de Papani la nuit dernière au profit de Moya. Une tortue a payé de sa vie ce choix et elle a connu une mort atroce. Ça ne sera pas la dernière.

Les solutions : moins d’argent public gaspillé, mais plus de gens passionnés et déterminés à sauver les tortues

Un Plan National d’Action de 1,9 million d’euros a été mis en place et l’année dernière, des dizaines de milliers d’euros ont été distribués par la préfecture à des associations locales dirigées par des métropolitains pour « lutter contre le braconnage », tout en excluant précisément l’association locale qui a la plus grande connaissance du braconnage, composée de comoriens et de mahorais, nos partenaires de ASVM Association de Sécurité Villageoise de M’tsamoudou Mayotte à qui toute subvention est systématiquement refusée. Nous les soutiendrons désormais financièrement et logistiquement afin qu’ils ne soient plus tributaires de pouvoirs publics locaux qui les méprisent pour qu’ils puissent, en notre absence, continuer les patrouilles.

La présence sur les plages de ponte du crépuscule à l’aube est certes très contraignante et nécessite une grande détermination, mais c’est la seule chose concrète qui ait fait ses preuves pour enrayer efficacement le braconnage. Ne peuvent faire ces patrouilles que des personnes passionnées, courageuses et déterminées à sauver les tortues. La qualité du recrutement est donc fondamentale.

C’est tout le problème du recrutement des gardiens du Conseil Départemental qui a montré toutes ses failles, voire sa perversité. On garde encore un mémoire le cas de ce « gardien », ancien braconnier recruté en connaissance de cause par le CD qui avait été pris en flagrant délit en train de braconner une tortue, sa casquette de « gardien », encore vissée sur la tête. Ou encore, ces associations qui vendent des excursions touristiques sur les plages de ponte et qui ont touché de l’argent public pour « lutter contre le braconnage », mais qui se révèlent incapables d’assumer cette mission.

Résultat, protégées « sur le papier » les tortues sont en réalité livrées à elles-mêmes.

Nous saluons en revanche les efforts de certains gendarmes, personnellement motivés à lutter contre le braconnage et qui, malgré le fait qu’il ne s’agisse pas de leur mission première, tentent tant bien que mal de démanteler des réseaux liés au marché noir de viande de tortue.

Nos équipes quant à elles continuent les patrouilles chaque nuit sur l’île avec des effectifs limités en raison du caractère « non impérieux » de la protection des tortues.