Le pétrole du Grande America est déconfiné et continue de tuer les animaux marins

Le navire a coulé en mars 2019 au large de La Rochelle par 4 600 mètres de fond. Il contenait à son bord 720 tonnes d’acide chlorhydrique, 16 tonnes de White Spirit, 82 tonnes d’acide sulfurique, 2100 véhicules, 2 200 tonnes de fioul lourd… et la liste est loin d’être exhaustive…

Les équipes de Sea Shepherd ont sillonné quotidiennement une petite portion de plage durant la dernière opération Dolphin Bycatch (opération visant à lancer l’alerte sur les captures massives de dauphins par les navires de pêche). Nous avons dénombré plus de 250 oiseaux marins morts dont certains portant des traces d’hydrocarbures. Il ne s’agit là que d’une infime partie des animaux tués ou affaiblis et rejetés sur les plages par les tempêtes. La plupart disparait en mer. Nous avons fait analyser par un laboratoire scientifique les résidus se trouvant sur le plumage d’un des guillemots retrouvés encore vivant en Février (il n’a malheureusement pas survécu). Les résultats attestent que l’oiseau était englué dans le pétrole issu du Grande America.

À la mi-avril 2019, le préfet de Charente Maritime avait déclaré « Il n’y a plus de risque de nappes d’hydrocarbures en Charente-Maritime après le naufrage du « Grande America ». »

« Certes, il n’y a pas eu de marée noire de l’ampleur de certains épisodes dramatiques précédents et la saison estivale sur les plages atlantiques françaises a donc été épargnée » a déclaré Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France. « Mais si ce navire n’a pas détruit la vie marine par une grosse marée noire qui aurait mobilisé l’opinion et les pouvoirs publics, il le fait à petit feu dans l’indifférence générale ».

Décryptage et réactions aux mesures proposées par le ministre de la transition écologique Monsieur De Rugy

Sur la marée noire

Monsieur le Ministre De Rugy : Nous avons tiré les leçons d’expériences passées de pollution diverses et variées plus ou moins importantes.

Sea Shepherd France : Nous sommes dubitatifs là-dessus. Quelles mesures d’urgences sont en place pour affronter une éventuelle arrivée massive d’oiseaux mazoutés ? Considérez-vous au regard des précédentes marées noires que nous sommes prêts ? Avez-vous regardé les chiffres, les capacités d’accueil existantes ? La préfecture nous a interdit d’ouvrir un centre de soins d’urgences qui se tiendrait prêt à accueillir et soigner des oiseaux mazoutés UNIQUEMENT dans l’éventualité où les centres de soins existants se retrouvaient saturés comme ce fut le cas lors des dernières marées noires. Nous travaillons avec un réseau international d’experts en gestion de marée noire, ne demandons aucune aide publique, juste l’autorisation d’être là si le besoin se faisait sentir. Notre aide a rencontré une levée de boucliers absolument incompréhensible sur laquelle nous reviendrons prochainement.

Monsieur le Ministre De Rugy : Nous avons un certain nombre de containers qui ont été « embarqués par-dessus bord », certains ont été récupérés, d’autres que nous recherchons encore et puis le reste de la cargaison a coulé avec le navire et malheureusement il y avait des produits chimiques dans cette cargaison mais vues les masses d’eau à 4000 mètres de profondeur, il n’y a pas de risque de pollution chimique.

Sea Shepherd France : La pollution disparait donc comme par magie lorsque diluée dans de l’eau en profondeur ? Ou bien est-ce que vous ne voulez pas plutôt dire que tout ça est trop loin pour nous toucher de plein fouet ? Est-ce que le fait que nous soyons moins touchés rend cette pollution inexistante pour la vie marine qui est-elle aux premières loges ? Ou bien est-ce parce les animaux marins ne votent pas que leur vie ne compte pas ?

Sur l’hécatombe de dauphins

Monsieur le Ministre De Rugy : Il faut identifier quels sont les engins de pêche qui sont en cause. Quelles sont les flottilles de pêche ? Aujourd’hui nous avons dans le Golfe de Gascogne des pêcheurs français qui eux sont engagés dans un programme, c’est tout récent, depuis la fin de l’année dernière, un programme de surveillance, il y a des observateurs sur les bateaux de pêche. Il y a également des appareils d’effarouchement des dauphins mais dont on ne sait pas s’ils produisent leurs effets vu la mortalité que l’on constate.

Sea Shepherd France : Avez-vous entendu la principale revendication des scientifiques de l’observatoire Pélagis qui alertent sur le problème depuis de nombreuses années ? A CE JOUR LA FRANCE N’IMPOSE AUCUNE OBLIGATION D’EMBARQUER DES OBSERVATEURS, contrairement à de nombreux autres pays européens ou de pays comme l’Australie qui a fait encore mieux en installant des caméras sur les ponts des navires. Savez-vous qu’il est impossible d’équiper les filets maillants de répulsifs acoustiques et que si on le faisait on transformerait le golfe de Gascogne en gigantesque pollution sonore puisque chaque fileyeur peut poser jusqu’à 100 kilomètres de filets par jour ! Savez-vous que même les bateaux qui embarquent des pingers ne les mettent pas forcément comme nous l’avons filmé récemment ? Savez-vous que tenter d’exclure les dauphins de leur zone de vie et de chasse porte atteinte à leurs chances de survie ? Savez-vous que nous n’avons plus le temps de nous tromper de solutions et de chercher dans la mauvaise direction ? Ce problème existe depuis plus de 30 ans, aujourd’hui la population de dauphins est à bout de souffle et vous tâtonnez à l’aveugle sur les mêmes chemins déjà empruntés il y a 15 ans.

Monsieur le Ministre De Rugy : Par le passé on a interdit les filets maillants dérivants, ça a été une bataille au niveau européen parce qu’il y avait justement une mortalité de dauphins. Il faut protéger les mammifères marins, vue cette mortalité, ça finit par mettre en danger, au-delà de l’aspect éthique, d’un point de vue écologique la biodiversité marine. C’est mon devoir de la protéger et en même temps de regarder comment on peut combiner en mer les activités de pêche.

Sea Shepherd France : Alors là, on dit bravo. Il pourrait s’agir là d’un copié collé de nos communications. Le problème est effectivement éthique et environnemental et votre responsabilité est directement engagée. Nous sommes pour notre part tout à fait disposés à vous aider mais on s’étonne néanmoins que pour votre « Plan National Echouages » visant à solutionner le problème, vous ayez étrangement choisi de faire uniquement appel à « l’expertise » de FNE (France Nature Environnement) et de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Quid des spécialistes trop radicaux peut être ? De l’aveu même des scientifiques qui suivent l’affaire depuis 30 ans, Sea Shepherd a amené cette problématique sous les feux des projecteurs comme jamais auparavant. Nous avons une expérience de plusieurs décennies en matière de pêches et d’interaction entre engins de pêche et mammifères marins et nous sommes la seule ONG à être présente dans le Golfe de Gascogne, sur les lieux de ces captures. Nous avançons aussi des pistes de solutions, et pourtant, à en lire vos récentes déclarations, nous ne sommes pas invités autour de la table des discussions aux côtés des « experts » que vous vous êtes choisis. Nous faisons peut-être trop de vagues ? Mais c’est nécessaire pour changer du calme plat de ces dernières années. Si nous voulons sauver les dauphins, il va falloir se secouer, nous sommes là pour ça. Nous demandons par ailleurs à ce que le pilotage de ce plan national soit confié à l’Observatoire Scientifique Pélagis qui est de loin l’organisme le plus légitime et le plus compétent pour ce rôle. Dans vos murs ou en dehors, nous espérons que vous aurez une oreille attentive à nos propositions. Soyez dans tous les cas assuré que nous saurons nous faire entendre. Le temps presse pour les dauphins, nous n’avons plus le droit à l’erreur.

Alerte Grande America

Hécatombe de dauphins : carton rouge pour les Sables d'Olonne et Saint Gilles Croix de Vie

Se préparer au pire c’est éviter le pire

La France a connu depuis 1967 près d’une vingtaine de naufrages ayant entrainé des pollutions maritimes de plus ou moins grande importance. Pour chacune d’entre elles, le même constat ; nous ne sommes pas prêts pour gérer des milliers d’oiseaux qui arrivent sur les plages lors d’une pollution aux hydrocarbures.

Malgré l’existence de structures de soins de la faune sauvage dont certaines sont équipées pour accueillir des oiseaux marins, aucune structure ne peut prendre en charge plus de 400 oiseaux en simultané.

En France au cours des dernières marées noires, les succès de réhabilitation ont malheureusement été faibles. Moins de 7% pour l’Erika et 30% pour le prestige. Pourtant d’autres pays arrivent à sauver entre 50% et 96% des oiseaux traités.

C’est en partant de ce constat que la coalition d’associations (Sea Shepherd, Darwin Coalition, Le Biome) a décidé la mise en place d’une cellule de crise dont l’objectif est de renforcer les capacités d’accueil et de soins existants avec une méthodologie qui se base sur les expertises étrangères qui ont fait leurs preuves. La première étape actuellement en cours a pour objet d’inventorier le matériel nécessaire, de déterminer une ou des zones d’installation en vue d’ouvrir un centre provisoire en capacité de gérer tous les oiseaux ne pouvant être accueillis dans les centres permanents.

Forte de près de 20 ans d’expérience en gestion de marée noire en France et à l’international et d’un réseau de bénévoles de plusieurs milliers de personnes, la coalition a décidé de se préparer à une éventuelle catastrophe plutôt que de laisser planer le risque d’une nouvelle hécatombe d’oiseaux en France.

Les préfectures ont été sollicitées afin d’obtenir les autorisations d’ouverture nécessaires à la mise en place de ce centre provisoire en urgence.

Nous pourrons expliquer les dépenses engendrées par la mise en place de la cellule de veille si elle ne devait pas servir, en revanche nous ne pourrons pas justifier l’immobilisme face à une catastrophe potentiellement annoncée et que nous avons déjà vécue.

Dans l’attente d’une évaluation plus claire du nombre d’oiseaux touchés nous invitons le grand public à être particulièrement vigilant dès à présent, quant à la présence d’oiseaux mazoutés sur les plages.

Les premiers oiseaux découverts doivent être amenés au plus vite dans les centres de soin existants.

Plus d’informations sur les premiers gestes à adopter en cas d’oiseau trouvé et les adresses des centres de soin permanents sur ce lien :
Formulaire de comptage des animaux

Pour toute question spécifique à l’Alerte Grande, merci de contacter l’adresse :
mareenoire@seashepherd.fr