Captures de dauphins : le Conseil d’État va trancher suite à une plainte de Sea Shepherd

Face aux milliers de dauphins capturés par les engins de pêche au large des côtes françaises et l’inaction du Ministère de la Mer, Sea Shepherd a engagé « un référé liberté » et obtenu une audience devant le Conseil D’État.

Sea Shepherd entend démontrer que l’inaction du Ministère de la Mer constitue une « atteinte au droit à un environnement sain ». Les scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme depuis des années, ne sont pas entendus par les pouvoirs publics. Depuis 2016, nous battons chaque année des records d’échouages.

« Les dauphins sont au sommet de la chaine alimentaire. Ils jouent un rôle fondamental dans l’équilibre de l’écosystème marin. Leur disparition annoncée par les scientifiques, entrainerait un effondrement en cascade de la biodiversité marine avec des conséquences catastrophiques et irréversibles pour nous tous » déclare Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France.

Les recours en référé liberté ne font pas toujours l’objet d’une audience. Mais la Haute Juridiction a accepté d’en organiser une en urgence afin de se prononcer sur cette question fondamentale.

Sea Shepherd demande au juge administratif d’imposer des mesures visant à limiter les captures de mammifères marins, notamment des dauphins communs, afin d’éviter « l’extinction programmée » de l’espèce.

Nous demandons notamment que le Ministère de la Mer entérine les recommandations scientifiques suivantes :

la fermeture spatio-temporelle des activités de pêche durant les périodes préconisées par le CIEM

la mise en œuvre de dispositif de Remote e-monitoring obligatoire. (Surveillance par des caméras embarquées)

embarquement obligatoire d’observateurs (lorsque cela est techniquement possible)

le prononcé de sanctions du fait des captures, celles-ci pouvant être considérées comme des captures prévisibles au sens de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne

L’audience aura lieu mardi matin à 11h au Conseil D’État.

Sea Shepherd victime d’attaques en mer en France

Les équipes de l’ONG ont été une nouvelle fois victimes d’attaques d’une rare violence, le 25 février au large des Sables d’Olonne. Ces attaques répétées mettent en danger la vie des équipages de Sea Shepherd et visent à rompre toute observation pacifique des bateaux de pêche. Ces observations permettent de limiter le nombre de captures accidentelles et de fournir des données scientifiques aux pouvoirs publics.

Les faits

Tirs de paintball, jets de projectiles en tout genre blessant notre équipage à coup de pierre, manœuvres dangereuses… Ces attaques inqualifiables à l’encontre de nos équipes ternissent l’image de tout un secteur. « Ces agressions sont d’une rare violence. Les pêcheurs en question sont fermés à tout dialogue et font des manœuvres en mer extrêmement dangereuses pour nos équipes » déclare Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France. L’ONG a porté plainte contre ces pêcheurs qui intimident et agressent les bénévoles de l’organisation.Cliquez ici pour ouvrir la visionneuse

Les pêcheurs qui collaborent avec Sea Shepherd de plus en plus nombreux

Sea Shepherd tient à saluer l’esprit constructif et le grand professionnalisme qui règnent avec certains pêcheurs français. Grâce à cette proximité toujours bienveillante, l’ONG et les pêcheurs prouvent qu’ils peuvent œuvrer ensemble, à la protection de la biodiversité marine et plus particulièrement à celle des dauphins victimes de captures ou échouages quotidiens sur les côtes françaises durant cette saison. « Nous sommes rassurés par l’attitude très constructive et conciliante de certains pêcheurs, que ce soit en mer ou à quai. Ils comprennent tout à fait l’objectif de nos opérations en mer : documenter le nombre d’asphyxies de dauphins lors des remontées de filet pour mieux les protéger, en leur réservant par exemple des zones et des périodes de repos biologique durant lesquelles les bateaux de pêches ne peuvent plus naviguer » rajoute la présidente de l’ONG.

Le combat de Sea Shepherd pour les dauphins français continue

En plus de ses patrouilles en mer et de son recensement des échouages de dauphins et de leur captures accidentelles, Sea Shepherd n’a eu de cesse d’alerter le Ministère de la Mer avec des données documentées et irréfutables pour protéger les dauphins français, avant leur éradication définitive du littoral de l’Hexagone.
Avec 45 000 kilomètres de filets déployés chaque jour, la France est parmi les plus mauvais élèves de l’Union Européenne en matière de protection des cétacés. « Depuis le 1er janvier, près de 450 petits cétacés se sont échoués sur la façade Atlantique selon l’observatoire Pélagis avec lequel nous échangeons régulièrement. Cette hémorragie doit cesser et nous appelons solennellement la Ministre de la Mer, Annick Girardin à sortir des déclarations d’intention et à agir maintenant » conclut Lamya Essemlali.

« VOUS ALLEZ VOUS PRENDRE UN COUP DE FUSIL ! » Des pêcheurs de Saint Gilles Croix de Vie tuent un dauphin et tentent de nous intimider

Dans la nuit du 19 au 20 mars, nos équipes ont filmé les chalutiers Jérémi Simon et Prométhée en train de remonter un dauphin tué par leur chalut. Nous avions déjà filmé cette même paire de chalutiers en février 2018 avec deux dauphins capturés.

Ces bateaux, comme tous ceux immatriculés aux Sables d’Olonne et/ou basés à Saint Gilles Croix de Vie refusent d’embarquer des observateurs indépendants. Le gouvernement trop complaisant se rend complice d’un carnage en règle d’espèce protégée en autorisant des méthodes de pêche destructrices en zone sensible sans imposer d’observateurs pour faire état des dégâts causés sur les dauphins et sur la vie marine. Une situation intolérable qui dure depuis 30 ans et qui atteint des proportions encore jamais vues. 1100 cadavres décomptés sur nos plages depuis fin décembre, soit environ 5 fois de dauphins tués en mer en l’espace de trois mois seulement !

Les pingers « répulsifs acoustiques censés éloignés les dauphins », loin d’être la panacée pour de multiples raisons sont néanmoins avancés par les pêcheurs et notamment José Jouneau, Président du Comité des Pêches de la Loire, comme la preuve que les pêcheurs sont de bonne volonté puisque d’après lui, tous les chalutiers en sont équipés cette année. Pour avoir assisté à plusieurs remontées de chaluts ces dernières semaines, nous pouvons affirmer, vidéos à l’appui, que quasiment aucun de ceux que nous avons rencontré dans le Golfe de Gascogne n’est équipé de pingers.

Comme nous l’avons découvert il y a deux nuits, il semblerait que même lorsque les pingers sont embarqués, cela ne veut pas pour autant dire que les pêcheurs les utilisent. Les pêcheurs du Jérémi Simon et du Prométhée n’ont installé leurs pingers qu’après avoir remonté le dauphin dans le chalut devant nos caméras.

Enervés par notre présence, les pêcheurs ont appelé le CROSS (Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage) pour se plaindre « que nous ne les laissons pas travailler » et nous ont dans le même temps, menacés. Ils ont également fait des manœuvres d’intimidation avec leur bateau comme c’est souvent le cas avec les paires de chalutiers que nous surveillons.

Va-t-il falloir attendre que nos équipes prennent vraiment un coup de fusil pour que le gouvernement réagisse et prenne les mesures qui s’imposent ? Nous demandons à ce que ces méthodes de pêche (chalut, filet, senne) soient interdites sur les zones fréquentées par les dauphins. Aucune mesure moins radicale que celle-là n’endiguera le problème. Nous sommes déterminés à poursuivre cette opération chaque hiver s’il le faut, jusqu’à ce que l’État propose enfin des solutions à la hauteur de l’enjeu. Nous rappelons que les dauphins sont une espèce protégée au niveau européen et la France s’est engagée à tout mettre en œuvre pour réduire leurs captures.

Le Ministre de la Transition Ecologique Monsieur De Rugy, doit donner une conférence de presse sur le sujet le 22 mars à La Rochelle. Espérons qu’il produira autre chose que les vaines déclarations d’intentions auxquelles nous ont habituées tous ses prédécesseurs.

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Hécatombe de dauphins : carton rouge pour les pêcheurs des Sables d’Olonne et de Saint Gilles Croix de Vie

Hécatombe de dauphins : carton rouge pour les Sables d'Olonne et Saint Gilles Croix de Vie

Alors que les cadavres mutilés s’échouent par centaines sur la façade atlantique française, les équipes à terre de Sea Shepherd ont découvert un charnier dans lequel la ville des Sables d’Olonne entasse les cadavres recensés sur ses plages avant leur envoi hebdomadaire à l’équarrisseur. La photo prise représente une semaine d’échouages sur la commune.

D’après les scientifiques seuls 20% des dauphins tués sont rejetés par la mer, ce qui porte à plusieurs milliers, les dauphins déjà tués cette année au regard des 700 cadavres retrouvés depuis fin décembre.

Observateurs persona non grata sur les bateaux de pêche des Sables

Pour les scientifiques, la première étape vers une amélioration de la situation serait d’identifier clairement les navires responsables au moyen d’observateurs ou de caméras embarqués. Alors même que dans de nombreux pays, cette présence est obligatoire, la France tout en autorisant des méthodes de pêche destructrices en zone sensible, laisse le choix à ses pêcheurs de refuser toute observation indépendante. Les navires des Sables d’Olonne et de Saint Gilles dont sont originaires les chalutiers que nous avons filmés avec des dauphins dans leurs filets cette année et l’année dernière refusent toute présence d’observateurs. A quand l’obligation ? Combien de temps le gouvernement va t-il laisser une poignée de personnes bloquer toute avancée sur ce sujet ? Comment expliquer que les comités des pêches aient un tel pouvoir et jouissent d’une telle impunité dans ce pays ?

La France est signataire des conventions de protection des cétacés et s’est engagée à mettre en œuvre des mesures concrètes pour minimiser leurs captures.La France est signataire des conventions de protection des cétacés et s’est engagée à mettre en œuvre des mesures concrètes pour minimiser leurs captures. « Force est de constater qu’en dehors des déclarations d’intentions émises par communiqués de presse chaque année, le gouvernement ne prend pas le problème au sérieux et se soucie surtout de ménager la susceptibilité des pêcheurs » déclare Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. Faut-il rappeler que comme s’en inquiètent les scientifiques, les dauphins sont une espèce fragile, qui se reproduit peu et lentement. Lorsque la diminution de leur population sera visible, il sera trop tard. « Trente ans de réunions et de discussions avec les comités des pêches ont abouti à la situation catastrophique dans laquelle nous sommes aujourd’hui » poursuit Lamya Essemlali, qui dénonce les échouages les plus importants jamais enregistrés. « Le temps des discussions est révolu, il est urgent d’agir ».

Mensonge du Comité des pêche et inefficacité des pingers.

Force est de constater que grâce à la complaisance complice du gouvernement, les divers Comités des pêches mènent les scientifiques en bateau depuis des années. Aujourd’hui, José Jouneau, Président du Comité des Pêches de la Loire nous explique – et ses propos sont repris sans vérification par le gouvernement – que cette année tous les chalutiers sont équipés de pingers (répulsifs acoustiques). D’un autre côté on nous avance de source sure que ça n’est pas le cas, ce que nous avons pu vérifier sur le terrain.

De toute évidence, José Jouneau ment. Et quand bien même, les deux relevés de filets auxquels nous avons assisté en février qui contenaient respectivement deux et un dauphins étaient sur des chalutiers. Aucune trace de pinger et si pingers il y’avait eu, il auraient fait la preuve de leur inefficacité…

Impunité pour les braconniers

Le cas des dauphins n’est que l’arbre qui cache la forêt, lors de nos patrouilles, à plusieurs reprises, nous avons pu voir des chalutiers pêcher en plein sur le plateau de Rochebonne pourtant interdit aux chalutiers cette année afin de laisser reposer le milieu. Quels contrôles, quelles sanctions pour ces braconniers ? Nous avons déposé une plainte contre deux d’entre eux, pour qui nous avons pu documenter l’action illégale de pêche : le Viking 2 immatriculé à Saint Nazaire et déchargeant à La Turballe et l’Ile Vertime, rattaché aux Sables d’Olonne. Les deux navires braconnaient en plein plateau de Rochebonne sans même avoir pris la peine d’éteindre leur AIS (système autonome et continu d’identification), illustration du sentiment d’impunité totale qui règne dans le milieu.

Visites du Sam Simon

Le navire principal de patrouille sur l’opération Dolphin Bycatch, le Sam Simon sera à Bordeaux les samedi 16 et dimanche 17 Mars. Le bateau sera ouvert aux visites et le public pourra venir rencontrer l’équipage et échanger sur les enjeux et les objectifs de la mission. Page FB de l’événement : https://www.facebook.com/events/355477111533280/Soutenez l’opération Dolphin Bycatch !

Opération Dolphin Bycatch : Premières images de dauphins pris au piège de chalutiers

Dans la nuit de mardi à mercredi, Sea Shepherd a pu rapporter comme l’année dernière à la même époque, les images de dauphins pris au piège de filets de pêche dans le Golfe de Gascogne. Cette fois encore, ce sont deux chalutiers pêchant en bœuf (par paire) qui ont remonté deux dauphins morts dans leur filet. Les deux chalutiers ciblant principalement le bar, sont rattachés au port de Boulogne-Etaples et de Concarneau.

Ces deux dauphins viennent s’ajouter aux 600 autres – souvent mutilés – retrouvés sur les plages françaises ces 6 dernières semaines. Si ce chiffre semble énorme, il est pourtant bien en deçà de l’ampleur réelle du carnage en cours. En effet, l’observatoire scientifique Pélagis estime que 80% des dauphins tués coulent en mer et n’atteignent jamais le rivage.

« Au cours de nos patrouilles, nous croisons tous les jours de nombreux dauphins sur cette zone particulièrement sensible » déclare Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France et responsable de l’opération. « Les dauphins évoluent sur les frayères de bars au milieu des nombreux chalutiers, senneurs danois et fileyeurs qui ratissent la zone – ce qui est déjà une aberration en soi – avec des techniques de pêche connues pour faire un carnage sur les mammifères marins. Toutes ces captures n’ont donc rien d’accidentelles. Elles sont prévisibles, quasi systématiques et acceptées comme telles. Il est donc plus qu’urgent que les consommateurs demandent des comptes sur la provenance du poisson qu’ils ont dans leur assiette » conclut-elle.

photo : Tara Lambourne / Sea Shepherd

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Hécatombe de dauphins : Sea Shepherd mobilise le Sam Simon sur l’opération Dolphin Bycatch

Le navire Sam Simon, vient de rejoindre les moyens maritimes de Sea Shepherd déjà déployés depuis le 11 Février sur les zones de captures des dauphins au large de la Vendée, Charente Maritime, Gironde, dans le Golfe de Gascogne. Vétéran de plusieurs missions anti chasse baleinière en Antarctique, le Sam Simon est un ancien navire de la flotte baleinière japonaise reconverti par Sea Shepherd en défenseur de la vie marine.

En France, ce sont 600 dauphins qui sont venus s’échouer sur les plages ces six dernières semaines. Ces échouages ne sont que la face émergée d’un carnage encore plus important puisque plus de 80% des cadavres, souvent éventrés, coulent en mer. Pour la plupart, les corps qui arrivent sont mutilés, nageoire caudale sectionnée, marques de gaffe, entailles profondes, rostres cassés… Les dauphins sont victimes de bateaux de pêche non sélectifs qui sévissent dans cette zone où ils hivernent. Les navires responsables (chalutiers, senneurs danois, fileyeurs…) ciblent principalement les bars et les merlus dont les consommateurs français sont friands. D’autres navires, français et étrangers pratiquant la pêche minotière plus au large pour le surimi et les farines de poisson sont également pointés du doigt par les scientifiques. Nous sommes confrontés à une politique des pêches aberrante qui autorise des engins de capture extrêmement destructeurs et non sélectifs sur des zones sensibles, en pleine période de reproduction des bars et en présence d’espèces protégées et particulièrement vulnérables à la prédation, comme les dauphins.

« Nous sommes fatigués de voir que depuis des années les alertes des scientifiques restent lettre morte. Devant l’indifférence des Comités des Pêches et du Ministère qui font semblant de plancher sur le problème depuis 20 ans, nous avons décidé de patrouiller la zone nuit et jour » déclare Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France et responsable de l’opération Dolphin Bycatch.

« Nous braquerons les projecteurs sur l’extermination silencieuse des dauphins au large de nos côtes afin de mettre enfin, pêcheurs, politiques et consommateurs, face à leurs responsabilités » – poursuit-elle.

Sam Simon et premières patrouilles le week-end du 16 et 17 Février. Chalutiers basés aux Sable d’Olonne pêchant seuls et par paire (Crédit Photos : Tara Lambourne/ Sea Shepherd).

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Opération Dolphin ByCatch : Patrouille du 11 Février 2019

La France sacrifie ses dauphins et nous allons faire en sorte que le monde entier le sache.

Déjà plusieurs centaines de cadavres retrouvés sur les plages cette année (et sans doute des milliers tués en mer). Les scientifiques prédisent déjà « une année noire » pour les dauphins.

Sea Shepherd lance l’ Opération Dolphin Bycatch. Pour la première fois, il y aura une présence continue sur les zones où les dauphins sont tués par les pêcheurs (principalement mais pas uniquement des chalutiers). Malgré les alertes des scientifiques, la France ne veut pas imposer d’observateurs sur ces bateaux et couvre cette hécatombe depuis 30 ans. Nous allons donc remédier à ce problème. Les observateurs, ça sera nous et nous ferons en sorte que les images fassent le tour du monde. Que ça plaise ou non aux pêcheurs responsables de ces tueries.

Voici une vidéo d’une des toutes premières patrouilles.

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Témoignages d’observateurs embarqués à bord de navires de pêche.

Dans le cadre de sa récente campagne visant à exposer et faire cesser les massacre de milliers de dauphins par certains navires français sur la façade atlantique, Sea Shepherd publie les témoignages d’observateurs embarqués sur des opérations de pêche dans le cadre du programme OBSMER, un programme d’observation mis en avant par l’Etat comme un moyen de suivi des pratiques de la profession… En raison de la clause de confidentialité et de non divulgation d’informations imposée par contrat aux observateurs, ces derniers ont souhaité garder l’anonymat.

Programme OBSMER : Témoignage observateur n°1

J’ai été observateur en Atlantique à bord de chalutiers pendant plusieurs mois sur le programme OBSMER. Afin de couvrir le littoral français Manche et Atlantique, les observateurs sont répartis sur différents quartiers maritimes.

Contexte

Il faut dans un premier temps savoir que les patrons pêcheurs n’ont pas l’obligation de prendre à leur bord des observateurs. Ces derniers doivent donc sillonner les ports de leurs quartiers maritimes, appeler ou envoyer des mails afin de pouvoir embarquer et de mener à bien leur travail. Le pourcentage de refus varie d’un quartier à un autre, pour ma zone, ces refus variaient de 80% à 90% sur la totalité des navires référés. Par moment, il m’était difficile de m’approcher de certains navires car les équipages m’insultaient ou m’esquivaient. Ces observations sont donc réparties uniquement sur une poignée de navires comparés au nombre réelle de la flotte française.

Une fois le navire parti à la mer avec l’observateur à son bord, notre travail est de remplir des fiches informatives. Elles comportent le type d’engin de pêche, les positions GPS, leur temps de pêche, les espèces halieutiques gardées à bord pour la commercialisation ainsi que le tonnage, et les mesures biométriques effectuées sur les individus pêchés. Un échantillonnage est également effectué sur les poissons rejetés à la mer, poissons qui dans 98% des cas sont rejetés morts.

La tâche d’observer et de prendre note est très souvent mal vue de la part de l’équipage. En effet, si le patron nous accorde la venue à bord, les marins, eux, doivent juste « nous subir » entraînant par moment des tensions entre pêcheurs et observateur. Nous sommes considérés comme les responsables de la diminution des quotas de pêche alloués.

Lors de la remontée du chalut, les poissons sont étalés dans le parc. Commence alors le travail de tri. L’observateur ne doit pas gêner les opérations de pêche et note les informations précédemment citées.

Menaces et Intimidations

Accomplissant le travail pour lequel je fus embarqué, je subissais des pressions de la part de certains équipages lorsque je notais des espèces qui n’avaient rien à faire à bord. Mais également des pressions lorsque l’on chalutait sur des zones non autorisées. Un jour, alors que j’étais à l’arrière du bateau, finissant mes mesures, un marin voyant la zone notée sur ma fiche me lança « tu sais un accident ça arrive vite en mer ».

Il m’arrivait de travailler plusieurs jours et nuits sur le même bateau, la pression exercée peut être difficilement soutenable quand seul observateur à bord vous êtes confronté à un équipage de 4 à 20 marins. Une nuit lorsque j’effectuais des mesures ichtyométriques sur le pont, l’équipage dans mon dos m’avait braqué une rampe d’eau de mer sur moi. Complètement trempé j’avais ainsi dû stopper mon travail. Le jour suivant ils avaient recommencé malgré mon agacement.

Pratiques illégales et falsifications

Lorsque des poissons issus d’une espèce protégée ou hors quota sont remontés à bord et gardés, ils font l’objet d’un « arrangement », c’est à dire que les parties permettant d’identifier l’espèce sont supprimées (nageoires, tête, etc). Cette technique permet d’éviter la reconnaissance de l’espèce si un contrôle devait être mené à bord par les autorités compétentes.

Une autre fois alors que j’étais assis dans le carré de l’équipage, données sur la table, le capitaine les prit et effaça les relevés de tonnage d’animaux rejetés à la mer que j’avais récoltées sur le chalutage précédent, pour les remplacer par un tonnage moins élevé.

Souffrance animale

Carcasses de dauphins communs évacuées des plages de Vendée. Photo: Observatoire PELAGISCarcasses de dauphins communs évacuées des plages de Vendée. Photo: Observatoire PELAGIS

De nombreuses fois, j’ai pu assister à des scènes d’agonies de poissons issues d’espèces protégées. Certains requins en sont le parfait exemple : ils n’étaient pas gardés à bord du fait de l’absence de valeur commerciale mais ils n’étaient pas non plus remis à l’eau immédiatement. Le tri est l’ordre premier, la remise à l’eau des espèces non désirées vient ensuite, parfois après une heure, ne laissant aucune chance de survie à l’animal. Le respect de l’animal une fois pêché est absent sur la plupart des navires sur lesquels j’ai embarqué. D’une part l’animal agonise sur le pont avant d’être rejeté mort à l’eau, d’autre part il arrive très fréquemment qu’il soit frappé avec un maillet, une botte, ou directement contre l’armature du bateau. Cette pratique est normale à bord et ne choque personne, alors qu’elle serait fortement condamnée à terre dans un abattoir.

Un pêcheur m’a raconté qu’il lui arrive de manger des dauphins, et par moment de tirer à la carabine sur les goélands, fous de Bassan, fulmars qui volent en bancs derrière le navire*.

Pollution

Un énorme problème est également celui de la gestion des pollutions en mer malgré des règles très strictes. Les poubelles sont le plus souvent jetées à la mer. Plastiques, morceaux de filets, bouts, ou tout autre détritus finissent rarement sur le quai.

Le cas spécifique des dauphins

Récemment, l’association Sea Shepherd a mené une action pour démontrer la prise importante de dauphins dans les chaluts pélagiques. Les communiqués, notamment celui du CNPMEM (Comité National des Pêches) défiant les arguments de l’ONG sont arrivés rapidement sur la toile. En tant qu’ancien Observateur des pêches il est de mon devoir de donner mon point de vue sur ce qui est rapporté.

Le Comité des pêches déclare « qu’il n’y a pas de pêche dirigée sur cette espèce », et ceci est vrai car le Dauphin commun (Delphinus delphis) est une espèce protégée non seulement en France mais également dans toute l’Europe. Différents textes permettent cette classification : convention de Berne, convention de Bonn, liste rouge de l’IUCN, et annexe II de la CITES. Mais leur protection effective est plus ardue puisque les contrôles par les autorités compétentes sont trop rares notamment dans le Golfe de Gascogne, où la zone la plus fortement impactée par ces prises accidentelles et 10 fois plus grande que la Charente-Maritime. La survie de cette espèce est maintenant jugée critique en Méditerranée (source : GREC).

Evaluation des captures de dauphins, l’inefficacité du programme OBSMER

Les observateurs à bord reçoivent des consignes à propos de ces prises. J’avais en ma possession des bordereaux en plastique à attacher à la caudale des cétacés en cas de prise accidentelles remontées sans vie. Une partie de ces bordereaux pouvaient être donnés aux capitaines afin qu’en cas de prise, elles soient marquées et remis à la mer. Une fois atteint le rivage si les courants le permettaient, l’animal pouvait être identifié. Toutefois, en 2016 ce sont plusieurs centaines de dauphins qui se sont échoués sur les plages de Vendée et de Charente-Maritime suite à des prises accidentelles. Combien d’entre eux portaient ces fameux bordereaux d’autant que comme le souligne le comité de pêche, les observateurs OBSMER étaient présents à bord pour reporter ces observations ?

La vérité étant que la présence d’observateurs n’étant nullement obligatoire, les navires pêchant sur des zones (ou à des périodes) au risque élevé de prises accessoires dans leurs chalut/filets ne prendront que peu ou pas d’observateurs à bord. Cela aboutit à des données quasi nulles, voir non-exploitables. Voilà pourquoi les dauphins ou prises accessoires, plus éthiquement parlant, n’apparaissent pas significativement dans les résultats OBSMER.

Quelques exceptions

Un dauphin pris dans un filet de pêche. Photo: S. GautierUn dauphin pris dans un filet de pêche. Photo: S. Gautier

J’aimerais préciser que j’ai été amené à effectuer des observations sur des navires où la réglementation était appliquée avec un réel amour pour la mer et pour le métier. La plupart du temps, il s’agissait d’armements familiaux, d’un bateau ou de petites unités de pêche. Ces petits marins pêcheurs sont à ajouter à la liste des victimes collatérales des armements peu scrupuleux, souvent constitués de plusieurs chalutiers, irrespectueux de la mer, de la loi et de leurs collègues. Ce sont pourtant ceux-là que défend aujourd’hui le Comité des pêches. »

* Chaque année des cadavres de dauphins avec des coupes caractéristiques pour une consommation humaine sont retrouvés sur les plages françaises. Sea Shepherd s’est porté partie civile sur plusieurs cas.

Programme OBSMER : Témoignage observateur n°2

J’ai été observateur des pêches plusieurs années dans le cadre de la mission OBSMER. Il m’a été donné d’observer un certain nombre de pratiques de pêche illégale et d’atteinte à l’environnement marin. Ces pratiques étaient dans certains cas, étendues à presque tous les bateaux de pêche.

Pratiques illégales régulièrement observées :

La pêche à terre, pratique consistant à chaluter dans la zone des 3 miles depuis la terre afin de capturer dans des stocks plus importants de poisson. Mais ces poissons étaient également plus petits car c’était des zones de nourricerie. Cette pêche a lieu généralement de nuit afin de ne pas attirer l’attention.

L’utilisation de la chaussette était également utilisée. La chaussette est un bout de chalut plus petit que la taille autorisée qui est fixée à l’intérieur des chaluts afin de capturer des individus en dessous de la taille légale. J’ai personnellement constaté les effets dévastateurs de ces pratiques : la vase et les cailloux colmatent très vite le cul du chalut. Il en résulte des captures de très petits individus qui mourront sur le pont sans avoir eu la possibilité de se reproduire.

Une pratique observée sur la pêche de raie. Quand une capture d’une espèce interdite avait lieu, certains pêcheurs coupaient les ailes pour les vendre sous un autre nom (d’une autre espèce commercialisée).

Une pratique que je n’ai pas vu personnellement mais que les pêcheurs ont raconté c’est la pêche de mammifère marin (filet ou chalut). Quand l’animal était encore en vie, ils perforaient les poumons afin qu’ils se remplissent d’eau et les rejetaient en mer.

Sur les espèces de morue avec une taille en dessous de la taille limite, les pêcheurs coupaient la tête afin qu’en cas de contrôle, les Affaires Maritimes ou la Gendarmerie Maritime ne puissent pas définir la taille initiale.

Certains bateaux à tonnage important pêchaient des espèces où la pêche était fermée. Ils livraient à des camions qui les vendaient aux Pays-Bas, ils échappaient ainsi aux quotas en vigueur dans leur zone de pêche. De nombreux trafics avaient lieu sur ce principe.

Dans un autre registre, des pêcheurs nettoyaient leur bateau avec de l’acide ou des produits très corrosifs et allaient rincer en pleine mer et ainsi éviter la cale sèche. Par ailleurs, la gestion des déchets en mer est quasi inexistante à bord.

Pressions et conditions d’observations :

Certaines missions étaient particulièrement difficiles, les patrons ne voyant pas d’un bon oeil notre présence à bord. On m’a demandé de ne pas noter la capture de telle ou telle espèce en fonction des traits de chalut. Parfois on ne nous donnait pas la bonne quantité de poissons pêchés (sur des espèces petits pélagiques). J’étais obligé d’estimer moi même les captures. PCertaines espèces n’apparaissaient même plus sur le papier déclaratif qu’ils gardaient pour les Affaires Maritimes (bar, morue, raie). Sur certains bateaux, notre présence dans la passerelle n’était pas acceptée. Nous devions juste noter les coordonnées GPS et puis redescendre.

Je tiens à préciser que malgré une grande majorité de pratiques illégales, j’ai aussi pu embarquer dans une moindre mesure, avec des pêcheurs qui respectaient les tailles et les zones de pêche.

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Levons l’omerta sur l’extermination des dauphins en France

Avec une estimation basse de 3500 dauphins tués chaque année le long de la façade atlantique française et jusqu’à 10 000 pour les estimations les plus élevées, les eaux françaises sont devenues un charnier pour les dauphins en Europe. Même pour la tranche la plus basse, ces chiffres sont plus importants que les massacres sanglants des iles Féroé et de Taiji (Japon) combinés.

Une hécatombe occultée par l’Etat et le Comité des Pêches depuis les années 90.

Si le grand public ignore largement le problème, les Ministères de l’Agriculture et de la Pêche et de la Transition Ecologique sont bien conscients de ces captures si importantes que d’après l’observatoire scientifique Pélagis, elles mettent en péril la survie des dauphins le long des côtes françaises. Les chalutiers pélagiques ont été identifiés par les scientifiques depuis 30 ans comme étant les principaux responsables de la mortalité des dauphins sur la façade atlantique.

L’Etat hors la loi

Si une directive européenne rend obligatoires les déclarations de captures accidentelles de cétacés, cela n’a été transcript en droit français qu’en 2011 et l’application effective de la loi est toujours impossible en 2018 car le Ministère de l’Agriculture et de la pêche refuse de nommer un organisme indépendant chargé de reccueillir ces données. Un peu comme si l’on demandait aux citoyens de déclarer leurs impôts tout en refusant de mettre en place un Trésor Public. En faisant cela, le Ministère (DPMA) entretient volontairement l’opacité autour de la mortalité des dauphins.

Les mesures fumeuses dans les tuyaux des Ministères : le log Book et le programme OBSMER

Les Ministères de l’Agriculture et de la Transition Ecologique publient dans un communiqué du 28 Février 2018 leurs solutions pour un meilleur suivi des captures. Mais il s’agit une fois encore de simulacres de mesures dont on sait depuis des années qu’elles sont inefficaces.

1 : Les déclarations de captures de dauphins par Log Book sont une façon de noyer le poisson. Imaginez que l’on dise aux automobilistes de télécharger sur leur téléphone une application qui leur permet de déclarer leurs dépassements de vitesse eux mêmes. La Gendarmerie en concluerait certainement qu’il n’y a jamais de dépassement de vitesse en France.

2 : Le programme OBSMER, censé embarquer des observateurs à bord des navires de pêche. A moins d’être complètement modifié, OBSMER ne pourra jamais rendre compte de la situation réelle. D’abord parce qu’il repose sur la bonne volonté du patron de pêche qui peut tout à fait refuser un observateur ou choisir ses sorties en mer (seulement 5% de l’effort de pêche est suivi). Mais aussi parce que les observateurs embarqués sont rarement dans des conditions qui leur permettent de travailler sereinement. Plusieurs observateurs nous ont rapporté avoir été victimes de menaces et disent avoir avoir assisté à des activités illégales à bord de certains navires, falsifications de déclarations, captures d’espèces protégées sans pouvoir en témoigner librement du fait de la pression et des intimidations exercées à leur encontre.

En l’absence d’une pression du grand public, les alertes des scientifiques continueront de rester lettre morte

“Les estimations de mortalité fournies par les échouages indiquent une mortalité supérieure au seuil soutenable pour la population” (Laran et al. 2016) En 2017, suite à l’échouage de 800 dauphins en 1 mois et demi sur la côte atlantique, Hélène Peltier de l’Observatoire Pélagis s’exprimait ainsi dans la presse : “La situation est extrêmement préoccupante et nous tirons la sonnette d’alarme sur les perspectives de conservation du dauphin commun sur la façade atlantique, une espèce qui se reproduit lentement”.

Jusqu’où peut on qualifier d’”accidentelles” des captures qui sont prévisibles et évitables

Les dauphins sont une espèce protégée par différents textes : convention de Berne, convention de Bonn, liste rouge de l’IUCN, et annexe II de la CITES. Pourtant, ils sont tués en masse avec des méthodes dont on connait l’impact depuis de nombreuses années. De plus, une fois capturés dans les filets, les dauphins survivants une fois remontés sont achevés sur le pont des navires.

Des méthodes accoustiques d’effarouchement des dauphins (pingers) ont été développés par l’IFREMER avec des résultats probants dès 2004. En 2018, les chalutiers identifiés comme responsables ne sont toujours pas équipés.

Nous exigeons 4 mesures concrètes pour que nos enfants puissent encore voir des dauphins en France demain :

1. L’interdiction de la pêche au chalut sur les zones de frayères du bar et sur toute zone identifiée par les scientifiques comme abritant une importante concentration de cétacés.

2. L’obligation pour tous les navires dont les méthodes de pêche ont été identifies comme à risque pour les cétacés d’être équipés de moyens de repulsion accoustiques (pingers)

3. La nomination de PELAGIS ou d’un autre observatoire scientifique comme organisme habilité à recevoir les déclarations de captures de cétacés

4. La refonte du programme OBSMER pour lui donner un caractère obligatoire tout en s’assurant que les observateurs embarqués puissent travailler efficacement et sans menaces de représailles.

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