2020 : Une année très active pour Sea Shepherd France malgré la pandémie de la Covid

Cette année, malgré une période particulièrement difficile pour tout le monde, vous êtes restés à nos côtés et vous avez continué à nous soutenir, vous êtes même encore plus nombreux que l’année dernière. Un énorme MERCI pour votre confiance !

Si la situation sanitaire a conduit à l’annulation de la plupart des stands, conférences et autres évènements publics initialement prévus, nous n’en avons pas moins été très actifs en mer et sur les plages. Nous avons en plus de nos missions de terrain, mené plusieurs batailles juridiques pour la défense des requins à La Réunion, des dauphins dans le Golfe de Gascogne et des tortues à Mayotte, mais également contre les activités illégales de pollution et les questions de captivité (plusieurs poursuites judiciaires contre des aquariums pour détention illégale de phoques et des conditions illégales de détention de requins). Près de 40 affaires judiciaires au total sont actuellement en cours et/ou ont été gagnées cette année.

En plus de nos contributions essentielles (financières et humaines) aux missions internationales de Sea Shepherd, l’antenne française a été particulièrement active dans la défense de la vie marine sous la responsabilité de la France, deuxième plus grand espace maritime au monde.

DAUPHINS: Opération Dolphin Bycatch (DBC)

Patrouilles en mer et sur les plages afin de documenter les prises accessoires de dauphins par les bateaux de pêche. Plus de 10 000 dauphins meurent chaque année dans le golfe de Gascogne à cause des méthodes de pêche non sélectives… plus que les massacres des îles Féroé et de Taiji réunis.

Plus de 10 000 dauphins meurent chaque année dans le golfe de Gascogne à cause des méthodes de pêche non sélectives… C’est plus que les massacres des îles Féroé et de Taiji réunis. Depuis 2017, Sea Shepherd mène des patrouilles de surveillance des opérations de pêche dans une démarche de lanceur d’alerte, afin de sensibiliser l’opinion publique, les médias et les pouvoirs publics et de pousser à la mise en place urgente de solutions sérieuses.

Cette année, malgré la pandémie, nous avons pu mener de front trois mois de patrouilles avec le Sam Simon (de janvier à mars) et trois mois en Bretagne avec le semi-rigide français, le Clémentine (d’août à octobre) ainsi que plusieurs expositions de dauphins morts dans les centres-villes, notamment devant la Tour Eiffel à Paris qui ont conduit à d’énormes pressions médiatiques et politiques pour forcer une évolution de la législation et aller vers une meilleure prise en compte des espèces protégées comme les dauphins. Cette année, nos deux campagnes DBC nous ont permis d’avoir des dizaines d’articles, d’entrevues à la radio et à la télévision française mais aussi dans les médias internationaux. Les scientifiques travaillant sur la question ont déclaré que «les campagnes menées par Sea Shepherd ont réussi à mettre en lumière la question des prises accidentelles des dauphins et à déclencher des avancées sur la question, plus que ce qui a été réalisé au cours des 20 dernières années ».

Sur le plan juridique, Sea Shepherd a obtenu la condamnation du gouvernement Français par le Tribunal Administratif de Paris pour son manque d’action sur la question des captures de dauphins par les engins de pêche et poursuit la France devant la Cour Européenne pour la même raison.

Des volontaires de Sea Shepherd France ont été arrêtés pour avoir exposé des dauphins morts dans les centres-villes (l’action est considérée comme illégale car le transport d’une espèce protégée est interdit sans autorisation). Sea Shepherd France entend continuer à exposer les dauphins en 2021 pour montrer au public l’impact caché de la surpêche et est prête à faire face à des conséquences juridiques.

TORTUES : Opération Nyamba


Pour la 4ème année, Sea Shepherd France patrouille sur les plages de Mayotte où des centaines de tortues protégées sont tuées chaque année pour leur chair et alimentent un marché noir qui se déroule jusqu’ici dans une relative impunité même si on commence à enfin percevoir un renforcement des sanctions à l’encontre des trafiquants. Cette année, notre mission sur place a été plus courte en raison de la pandémie mais nous avons néanmoins réussi à faire 2 mois de patrouilles avec un budget relativement serré de 15 000 euros dont le bilan est le suivant :

– 53 jours de campagne
– 14 bénévoles Sea Shepherd
– 143 patrouilles, soit plus de 1500 heures
– 10 tentatives de braconnage repoussées
– Une vingtaine de tortues retrouvées braconnées datant d’avant notre arrivée
– 11 tortues braconnées sur des plages où ne pouvions pas patrouiller faute d’effectif pendant la campagne
– 637 tortues protégées sans compter les tortillons (51 émergences)
– Plus de 150 pontes
– 23 nettoyages de plages

Qu’il s’agisse des missions de protection des dauphins ou des tortues, l’objectif en 2021 est de prolonger le temps sur les lieux à au moins 6 mois/an car si notre présence sur la ligne de front s’avère très efficace, l’effet positif/dissuasif s’arrête quelques semaines après notre départ.

REWILD

Sea Shepherd France est le co-fondateur de Rewild qui a acheté le Zoo de Pont Scorff en Bretagne en fin d’année dernière. Le zoo a été fermé au public afin de permettre aux animaux d’avoir plus de tranquillité. L’objectif est de renvoyer en milieu sauvage les animaux aptes à y survivre (selon des critères génétiques, sanitaires et comportementaux) et d’envoyer dans des sanctuaires (qui répondent à des critères très stricts) des animaux incapables de survivre seuls ou inaptes à rejoindre des populations sauvages. Le Rewild Rescue Center sera alors en mesure d’accueuillir des animaux victimes du trafic afin de leur offrir une chance de retourner à la nature. En effet, à l’heure actuelle, la seule issue donnée à ces animaux est de terminer leur vie en captivité. Le projet pour 2021/22 est d’ouvrir sur le site de Rewild, le premier centre de soins de la faune marine Sea Shepherd (principalement pour les phoques, les oiseaux marins et les tortues).

2020 a été une année très difficile pour tout le monde, mais elle a prouvé à la fois que nos équipes sur le terrain et que nos supporters ont été fidèles et passionnés, peut-être plus que jamais. Dans un contexte mondial particulièrement anxiogène et incertain, une chose est sans aucun doute devenue très claire pour beaucoup : défendre l’intégrité de la planète et l’équilibre fragile de l’océan contre le virus de la cupidité humaine est certainement la bataille la plus importante à laquelle nous serons confrontés dans les années à venir.

Lamya ESSEMLALI, Présidente de Sea Shepherd France, Co-directrice Sea Shepherd Global

Très belles fêtes de fin d’année à toutes et tous de la part de toute notre équipe !

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Mayotte : Quand l’administration fait du chantage aux subventions

Injustement exclue du Plan d’Action du Préfet de Mayotte pour les tortues, par le biais d’un texto envoyé par un stagiaire de la Préfecture, notre partenaire local, l’ASVM est privé de l’aide publique versée aux autres associations. Nous souhaitons réparer cette injustice envers un des acteurs les plus importants et les plus méritants de la lutte contre le braconnage à Mayotte.

Nous lançons donc pour eux une cagnotte afin de récolter les 30 000 euros qui ont été octroyés aux autres associations et dont ils sont privés pour avoir osé mettre en cause les manquements du Conseil Départemental en matière de braconnage. Vous pouvez participer en faisant un don ici :

https://www.helloasso.com/associations/sea%20shepherd%20france/collectes/soutien-asvm

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN !

Cette vidéo a été tournée lors de notre retour à Mayotte en 2019. Nous sommes revenus en 2020 et nous reviendrons encore pour défendre les tortues et nous resterons toujours à vos côtés les amis !

Braconnage de tortues à Mayotte : NON Sea Shepherd ne rejoindra pas la coordination mise en place par le Préfet

Sea Shepherd Operation Nyamba

Nous réagissons suite à la publication d’un article du Journal de Mayotte qui stipule que Sea Shepherd rejoint une forme d’ « Union sacrée » dans la lutte contre le braconnage, sous la coordination du Conseil Départemental et à la demande de Jean François Colombet, Préfet de Mayotte. Nous démentons formellement cette information.

Si nous étions effectivement présents à la réunion de mardi dernier à l’initiative du Préfet, afin d’échanger avec les différentes parties prenantes et avec les autorités, nous avons été fort déçus de constater que cette réunion a fait la part belle aux déclarations d’intention, faisant taire toute critique envers l’attitude scandaleuse du Conseil Départemental ou mettant le doigt sur toute forme de dysfonctionnement. Au prétexte d’esprit constructif, la parole y était bâillonnée et il était mal venu d’aborder tout ce qui fâche. Autant dire que nous n’y avions guère notre place.

Suite à cette réunion, un point presse s’est tenu auquel Sea Shepherd n’a pas été convié. C’est de ce point presse que découle l’article du Journal de Mayotte que nous nous voyons contraints de rectifier, du moins pour les passages nous concernant.

« On ne peut rien construire de tangible sur la base de non-dits et de faux semblants » déclare Lamya Essemlali. « Nous ne sommes pas là pour faire des ronds de jambe. Nous voulons des résultats et les résultats, ça se mérite. Il faut aller les chercher sur le terrain, précisément ce terrain qui a été cédé aux braconniers depuis des années, précisément par ceux qui étaient censés l’occuper ».

Que ce soit à Mayotte ou ailleurs, nous avons pour habitude de nous unir uniquement avec des acteurs que nous pensons dévoués et sincères dans la lutte contre le braconnage. Nous n’avons aucune confiance -et osons le dire, aucune estime- pour le Conseil Départemental qui jusqu’ici n’a fait que la preuve de son incompétence totale et de sa complaisance coupable vis-à-vis des braconniers de tortues. Ce même Conseil qui embauche des braconniers notoires qu’il paye avec nos impôts et dont les gardiens sont éternellement absents au poste sur la plage de Moya.

« Les gardiens du Conseil Départemental payés pour faire des barbecues et dormir sur la falaise qui surplombe la plage de Moya ne manquent pas de moyens comme ils l’affirment, ils manquent de courage et de dévouement » déclare Lamya Essemlali Présidente de Sea Shepherd France.

1,4 million d’euros ont été débloqués pour protéger les tortues à Mayotte, à quoi a servi cet argent ? Les gardiens du Conseil Départemental devraient s’inspirer des bénévoles de l’ASVM qui n’ont pas un sou en poche et qui patrouillent bénévolement y compris sur les plages qui sont sous leur responsabilité. Ils devraient avoir honte et leur hiérarchie aussi.

Pourtant, c’est précisément au Conseil Départemental que Monsieur le Préfet a décidé de donner les rênes de la lutte contre le braconnage, sans même demander de comptes sur le bilan du dit Conseil depuis des années qu’il est en charge de protéger les tortues. Une erreur stratégique fondamentale de la Préfecture, à laquelle nous ne participerons pas.

Une réunion et des déclarations d’intention ne sont pas suffisantes pour effacer des années de laxisme et de complaisance face au braconnage. Surtout si ces problèmes ne peuvent même pas être mis sur la table. On ne fait pas disparaitre les problèmes en les passant sous silence. Cette « union » se fera donc sans nous.

Pour autant, nous ne faisons pas cavaliers seuls. Notre « union sacrée » existe mais elle est avec les bénévoles de l’ASVM qui sont les seuls à s’investir du crépuscule à l’aube, sur le terrain de façon régulière et totalement désintéressée. Elle est aussi avec certains agents de l’Etat qui malgré les difficultés, mettent du cœur à l’ouvrage pour tenter d’enrayer le braconnage sur l’île.

Sea Shepherd intensifiera ses patrouilles en 2021 sur Petite et sur Grande Terre, avec encore plus de moyens humains et technologiques. Nous partagerons également toutes nos données utiles avec certains agents clés (plus de 1200 patrouilles à ce jour, soit près de 15 000 heures passées sur les plages) dans le sens où celles-ci pourraient les aider à procéder à des arrestations. Nous ne nous doutons pas que des personnes de bonne volonté au sein des pouvoirs publics existent, encore faut-il qu’on leur donne les moyens d’agir et cela va de pair avec le fait de déloger les imposteurs.

Nous espérons donc que de vrais efforts seront enfin déployés, dans les bonnes mains, pour lutter contre le braconnage sur le terrain, au-delà des réunions en haut lieu qui font la part belle aux opportunistes. Les tortues n’attendent que ça. Et nous aussi.

Article du Journal de Mayotte : https://lejournaldemayotte.yt/2020/11/20/enfin-lunion-sacree-pour-proteger-les-tortues/

Extrait du journal de mission de Lamya Essemlali Présidente de Sea Shepherd France

J’écris ces lignes entre deux patrouilles nocturnes sur l’opération Nyamba (« tortue » en mahorais). Nous sommes dans l’océan indien, sur l’île de Mayotte, seule terre française dans l’archipel des Comores, entre Madagascar et l’Afrique. Un trésor de biodiversité rongé par une immigration explosive motivée par l’attrait de la France dans un archipel comorien où beaucoup rêvent d’Europe… Aujourd’hui, on estime que la population illégale à Mayotte excède par deux fois les habitants légaux. Un contexte social explosif qui entraine son lot de tensions et d’injustices, d’abus de faiblesse envers des migrants qui n’ont pas d’autre choix que de trimer au black parfois sans qu’on leur paye le salaire dû… et d’une population mahoraise qui se sent « envahie ».

Surpeuplée, dévorée de toutes parts par la bétonisation, la pollution, le braconnage, la France garde la main sur l’île, mais ne se donne pas les moyens de la protéger. Dans ces conditions, plus qu’une chance, être française est devenu pour Mayotte, une malédiction.

Mayotte, « l’île aux parfums » sent désormais bien plus les égouts que l’Ylang Ylang, les ruisseaux fluorescents déversent leur contenu chimique dans le lagon chaque jour, les mangroves et la forêt primaire s’effacent devant les bananiers, y compris sur les parcelles placées sous la responsabilité du Conservatoire du Littoral, qui ne conserve pas grand-chose ici. Au retour de nos patrouilles, nous croisons régulièrement quelques makis (petits singes) qui s’agrippent comme à un radeau de sauvetage aux rares arbres qui subsistent au milieu des plants de bananes… Avec les arbres, les, oiseaux, les chauves-souris, les hérissons, toute la vie disparait… La terre autrefois fertile se transforme en poussière, auparavant retenue par les racines des arbres, elle file désormais vers la mer… Mayotte s’enlise au sens propre et au figuré.

Mayotte, c’est aussi le troisième plus grand lagon du monde. Avec sa double barrière récifale, il constitue un trésor mondial inestimable qui abrite baleines, requins, dauphins, tortues, 700 espèces de poissons et autrefois des dugongs (à priori tous exterminés malgré un pseudo Plan National d’Action pour les sauver). En quelques années seulement, le lagon est devenu une décharge à ciel ouvert, pillé chaque jour par des filets pourtant interdits qui labourent ses récifs et de la dynamite qui met ses entrailles à nu. Le lagon est aussi devenu un cimetière pour de nombreux migrants qui rêvent d’une vie meilleure en « France » et qui tentent la traversée depuis les Comores à bord de kwassas de fortune (embarcations légères). Des milliers d’entre eux y ont laissé la vie, à tel point que cette portion de mer est surnommée le « Lampedusa de l’océan indien » en référence aux eaux italiennes où périssent tant de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée.

C’est dans ce contexte que Sea Shepherd est arrivé en 2017… pour sauver les tortues marines.

Espèce « protégée » et menacée, les tortues marines de Mayotte bénéficient (à l’instar du défunt dugong) d’un Plan National d’Action de 1,47 millions d’euros. Un plan qui en réalité bénéficie sans doute à quelques-uns mais certainement pas aux tortues. Elles sont plusieurs centaines (sans doute plus d’un millier selon nous, soit le double des estimations officielles) à mourir chaque année sous les coups de machette des braconniers. La viande de tortue fait l’objet d’un marché noir très lucratif, marché qui se fait parfois en bande organisée et qui répond à une demande locale mais qui s’exporte également aux Comores et jusqu’à Madagascar. La rentabilité de l’opération, la facilité à braconner et le sentiment d’impunité sont tels que le braconnage est la première cause de mortalité des tortues marines à Mayotte et menace à court terme la survie de l’espèce.

Sur Mayotte « l’île aux tortues » comme on l’appelle tant l’animal est emblématique de l’île, le sable est imbibé de sang et l’énergie sur les plages est chargée de leur agonie. Il faut patrouiller la nuit sur les plages de Papani ou de Moya après une longue absence de nos équipes pour ressentir cette atmosphère chargée, lugubre… qui s’estompe au fil des semaines, au fil des patrouilles, au fur et à mesure que le temps passe et que nous maintenons les braconniers à distance. Mais chaque année après notre départ, la faucheuse s’abat de nouveau sur les plages. Et Moya, sur laquelle une équipe de 15 gardiens du Conseil départemental est payée à temps plein pour monter la garde, n’en n’est pas moins une des plages les plus sanglantes. En 4 ans de mission, nous n’avons jamais vu les gardiens passer une seule nuit complète sur la plage, seule solution pour dissuader le braconnage. Installés dans leur cabane qui surplombe la plage, ils font des barbecues, écoutent de la musique et dorment… Au petit matin, ils viennent compter les traces de montées de tortues et constater les éventuels dégâts. Parfois même, ils camouflent les cadavres comme nous les avons vu faire, afin de faire baisser les statistiques du braconnage.

Comme pour les récompenser de leurs bons et loyaux services, le Conseil Départemental qui les emploie vient de débloquer 227 000 euros pour leur construire une nouvelle cabane toute neuve, qui leur donnera sans doute encore moins envie de passer une nuit inconfortable sur la plage. L’année dernière, l’un des gardiens de cette équipe d’imposteurs a été pris en flagrant délit en train de braconner une tortue. L’homme avait déjà été condamné par le passé pour braconnage mais cela n’avait pas eu l’air de déranger le Conseil Départemental qui confierait sans doute volontiers le gardiennage d’écoles maternelles à des pédophiles notoires sans y voir de problème.

À côté de ça, depuis maintenant 4 ans que nous sommes arrivés à Mayotte, nous travaillons avec un groupe de bénévoles dans le sud de Grande Terre qui a monté une petite association locale pour lutter contre le braconnage, l’insécurité et la pollution, l’ASVM, (Association des Villageois de Mstamoudou). Dire qu’ils travaillent avec peu de moyens est un euphémisme. La plupart n’a même pas de chaussures de marche, nous leur offrons des lampes-torches, des imperméables, une voiture, un moteur de bateau et un peu d’argent pour financer le carburant.

J’ai fait plusieurs patrouilles avec Adhoc et Elamine, deux piliers de l’ASVM. Des hommes au grand cœur, droits dans leurs bottes et avec les poches trouées. Ils n’ont ni l’eau ni l’électricité chez eux mais un grand sens de l’hospitalité. Ils se sentent ignorés et méprisés par les blancs d’une manière générale. « C’est la première fois qu’une association de « muzungu » nous tend la main et nous considère d’égal à égal » nous disent-ils. Adhoc est d’un dévouement qui force l’admiration, la journée, il travaille comme maçon sous le cagnard pour un salaire de misère et la nuit, il protège les tortues sur les plages. Au petit matin, je le vois régulièrement s’armer d’un sac poubelle et ramasser les déchets sur la plage et sur les sentiers du retour. L’autre nuit, Adhoc et Elamine sont venus avec nous jusque sur Petite Terre, une véritable expédition pour eux. Ils ont monté la garde avec nous sur la plage de Moya, désertée par ses gardiens grassement payés avec nos impôts pour rester chez eux. Ça me met en colère. Pour les tortues qui payent de leur vie ce désintérêt total mais aussi pour Adhoc et les autres. Nombre d’entre eux vivent clandestinement sur l’île. Originaires des Comores ou d’Anjouan, ils sont à Mayotte pour certains depuis 15 ans et ont leur famille ici. Quand ils patrouillent avec nous, c’est avec la crainte de croiser les gendarmes qui pourraient les renvoyer aux Comores.

L’hiver dernier, en notre absence, certains bénévoles de l’ASVM ont continué à patrouiller en notre absence mais au retour d’une patrouille, ils ont été arrêtés et deux d’entre eux ont été expulsés aux Comores. Depuis, ils ont renoncé à faire des patrouilles en notre absence et les tortues ont perdu une protection dont elles ont si cruellement besoin.

Je me dis que des gens qui aiment tant cette île, des gens qui n’ont rien et qui lui donnent tant mériteraient d’avoir le droit d’y rester. En parallèle de notre mission pour les tortues, nous tentons de les aider à légaliser leur situation. Si nous serions en mesure de mobiliser des équipes pour quadriller les plages de Petite Terre, Grande Terre est une autre paire de manche et la contribution de nos amis de l’ASVM y est indispensable.

Cette année, en seulement 5 semaines, nous avons fait fuir des braconniers à 8 reprises et nous avons protégé plus de 200 tortues. La mission se poursuit mais nous nous penchons déjà sur la prochaine. En 2021, pour la cinquième année, nous reviendrons plus nombreux, plus longtemps avec l’ASVM et peut être avec d’autres, qui sur place seraient enclins eux aussi, à occuper le terrain. Mobiliser toutes les bonnes volontés et déloger les imposteurs sont deux fondamentaux pour sauver les tortues. Du courage, de la passion et un peu de soutien. Il n’en faut pas plus pour que Mayotte redevienne « l’île aux tortues ».

Moments intenses pour nos équipes françaises ces derniers jours

Sur le front des tortues à Mayotte, notre équipe a de nouveau fait fuir la nuit dernière 3 braconniers armés de machettes sur la plage de Papani, la même où nous avons retrouvé des cadavres frais il y a quelques jours et fait fuir deux braconniers. 8 tortues sont montées pour pondre cette nuit sur Papani sous bonne garde mais elles sont passées très près d’un destin tragique. Nous avons réussi à prendre le visage d’un des braconniers en photo. Ca sera transmis à la gendarmerie.

En Bretagne, sur les zones de captures de dauphins par les engins de pêche, notre équipe essuie l’agressivité grandissante de certains pêcheurs (toujours les mêmes). Les mêmes qui se plaignent que nous les agressons simplement parce que nous documentons les relevés de filet, enfreignent toutes les lois de navigations et nous jettent projectiles, font des manoeuvres d’intimidation et profèrent insultes et menaces. Nous publions en suivant la video des agressions du 12 septembre dernier, jamais diffusées. Nous déposons plusieurs plaintes. Suite aux agressions d’hier, la Marine est de nouveau sur zone. Nous précisons au passage que certains pêcheurs se comportent tout à fait cordialement et ne nous agressent pas dès lors que nous ne gênons pas leurs manoeuvres. Parmi les plus agressifs figurent ceux que nous avons filmé précédemment avec des dauphins dans leur filet.

Aussi bien les dauphins que les tortues sont espèces protégées en France. Et pourtant que ce soit dans les filets de pêche ou sous les coups de machette, la France ne met aucune mesure efficace en place pour leur offrir plus qu’une simple protection de papier. Ce grand pays océanique qu’est la France n’est tellement pas à la hauteur des enjeux… à moins d’un sursaut de l’opinion publique, nous n’arriverons pas à sauver ces espèces. Votre mobilisation est essentielle.

Merci à tous ceux qui nous soutiennent et qui nous aident à rester sur le front ! Plus que jamais, la vie vaut la peine qu’on se batte pour elle et nous sommes plus que jamais motivés à le faire.

Braconnage de tortues à Mayotte, un défenseur des tortues grièvement blessé à la tête

Mohamed Ali, partenaire de Sea Shepherd et Président de l’ ASVM (Association de sécurité des Villageois de Mtsamoudou) se bat avec nous pour protéger les tortues depuis 2017. Il a été grièvement blessé à la tête la nuit dernière par des braconniers qui venaient de tuer une tortue sur la plage de Saziley.

Ali qui patrouillait hier en tant que gardien pour le compte du Conseil Départemental, s’est retrouvé un moment isolé et a été pris pour cible. Il a perdu connaissance suite au coup porté et a été transporté à l’hôpital. Ses jours ne sont pas en danger mais la nature des séquelles potentielles n’est pas encore déterminée.

Ali Mohammed lors d’une patrouille conjointe Sea Shepherd/ ASVM

En plus de ses heures de travail en tant que gardien, Ali est aussi bénévole et patrouille en temps que tel sur ses jours de congés, à nos côtés et avec d’autres bénévoles de l’ASVM. Tous prennent les mêmes risques pour protéger les tortues du braconnage face à la défaillance de l’Etat et au peu d’intérêt du Préfet de Mayotte pour le sujet.

Dès notre arrivée à Mayotte, nous avons été touchés par la volonté et le dévouement de l’équipe bénévole d’Ali dont certains n’ont même pas l’eau et l’électricité chez eux et qui pourtant, donnent de leur temps, de leur énergie et de leur courage pour tenter de sauver les tortues de Mayotte.

En temps normal, nos équipes devraient déjà être sur place en renfort sur les plages de Saziley aux côtés de l’équipe d’Ali. Le Covid complique les déplacements et nous étudions à l’heure actuelle les possibilités d’un retour rapide sur l’île.

Nous sommes en contact avec Ali et sa famille et notre avocat le représentera gracieusement pour faire défendre ses droits face à ceux qui l’ont agressé, s’ils sont retrouvés.

Pour la Journée Mondiale de l’océan, Sea Shepherd lance une traque aux braconniers de tortues

affiche Nyamba

Espèce menacée et protégée au niveau national et international, les tortues marines sont plusieurs centaines à être massacrées à la machette chaque année, lorsqu’elles remontent sur les plages mahoraises de leur naissance pour y pondre leurs oeufs.

Leur chair se vend à prix d’or au marché noir et les braconniers ne sont quasiment jamais appréhendés. Afin de délier les langues, Sea Shepherd lance une récompense qui sera versée pour toute information permettant aux autorités de poursuivre les coupables : 5000 euros pour ceux qui commanditent le braconnage, 2000 euros pour ceux qui tuent les tortues sur les plages et 1000 euros pour ceux qui consomment leur chair.

Depuis 2017, Sea Shepherd se mobilise sur l’ile de Juillet à Octobre pour tenter d’enrayer le massacre. À ce jour, ses équipes ont mené plus d’un millier de patrouilles et protégé des centaines de tortues. Elles ont fait fuir des braconniers à de multiples reprises.

Sea Shepherd travaille à Mayotte avec des volontaires du village de Mtsamoudou qui se joignent régulièrement aux patrouilles. « Ils n’ont pour la plupart ni l’eau ni l’électricité. Pour certains, ils n’ont même pas leurs papiers et pourtant, ils viennent patrouiller avec nous toute la nuit bénévolement, pour protéger les tortues et ramasser les déchets sur les plages au petit matin » déclare Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France.

« Le braconnage de tortues à Mayotte ne répond en rien à un problème de subsistance » poursuit-elle. « La viande se revend au marché noir jusqu’à 60 euros le kilo et pour l’essentiel, elle est consommée par des mahorais aisés, parfois très haut placés. Si ces massacres restent jusqu’ici largement impunis, c’est parce que le problème n’est pas pris au sérieux par les autorités locales. Il faut que ça change ».

Pendant le confinement, les tortues se sont retrouvées particulièrement seules sur les plages, livrées aux braconniers. La situation déjà critique a donc empiré. Et à ce jour, Mayotte est toujours confinée.

Sea Shepherd qui devait retourner sur l’ile en Juillet pour le lancement de l’Opération Nyamba 4 devra sans doute décaler le début de la mission en fonction de l’organisation post-confinement.

« Nos équipes ont hâte de revenir sur l’ile et de reprendre les patrouilles. D’ici là, on espère que la récompense aidera à enrayer le braconnage » conclut Lamya Essemlali.

Message à Emmanuel Macron actuellement à Mayotte

Cette île est en train de CREVER. Braconnage, pollution, tensions sociales… Le lagon et la forêt primaire sont sacrifiés. Le Conservatoire du littoral laisse brûler la forêt censée être sous sa responsabilité et reste sourd aux alarmes qui lui sont remontées. Le Conseil Départemental laisse crever les tortues, livrées aux braconniers. Tout est fait pour la lutte contre l’immigration, l’île en elle-même est sacrifiée.

Photo 1 : Patrouille autour du lagon de Mayotte pour faire un repérage sur les plages de pontes des tortues. Une quinzaine de plages visitées. SUR TOUTES LES PLAGES, des cadavres de tortues déchiquetées par les machettes des braconniers. On ne parle même pas des montagnes de déchets au milieu desquelles les tortues doivent pondre et les bébés naissent.

Photo 2 : Lendemain de patrouille nocturne sur Grande Terre à l’aube avec l’équipe des villageois de M’tsamoudou : l’ASVM. Des gens courageux et sans aucun moyen qui malgré tous leurs appels à l’aide n’ont jamais été soutenus alors qu’ils sont la seule association à faire des patrouilles anti braconnage à nos côtés. Sea Shepherd a fait un don de 10 000 euros à l’ASVM pour qu’ils cessent d’être en attente d’un hypothétique coup de pouce des autorités…

photo 1

Photo 3 et 4 : Voilà ce qu’il reste de ce qui était une forêt luxuriante… carbonisée pour faire des plants de bananiers.

Photo 4 : Des makis (petits singes locaux) s’accrochent au dernier arbre originel de leur forêt comme à une bouée de sauvetage en pleine tempête. La population des makis a dégringolé de plus de 40% en moins de 10 ans !

En 3 ans, Sea Shepherd a fait près de 800 patrouilles nocturnes pour protéger les tortues marines du braconnage et a fait fuir des dizaines de braconniers. Nous avons vu la forêt disparaître à vue d’oeil… Et le lagon n’est déjà plus que l’ombre de lui-même. Ce lagon, Open Bar pour tous, ne nourrira bientôt plus personne, et avec sa mort, c’est Mayotte qui mourra. Quelle tristesse de voir comme la France a abandonné cette île et son statut de terre française au milieu des Comores est en fait une malédiction qui a fait exploser sa population à tel point qu’elle est en train d’être dévorée vivante…