Scombrus : Une malédiction pour l’océan est « bénie » aujourd’hui à Concarneau

Le Scombrus, chalutier géant de la société France Pélagique, filiale de Cornelis Vrolijk, un mastodonte de la pêche néerlandaise est baptisé aujourd’hui à Concarneau.

Le Scombrus, chalutier géant de la société France Pélagique

Capable de capturer à lui seul jusqu’à 200 tonnes de poissons par jour, il est, en soi la démonstration que les autorités françaises n’ont toujours pas saisi l’urgence de réformer profondément le secteur de la pêche, en surcapacité par rapport à ce que peut endurer l’écosystème marin. Il est primordial d’interdire les diverses méthodes de pêche non sélectives, particulièrement sur les zones sensibles, et notamment sur les zones habitat des dauphins tel que le Golfe de Gascogne. L’inauguration de ce navire envoie un très mauvais signal qui a de quoi susciter toutes les inquiétudes.

La surpêche est devenue la plus grosse menace qui pèse sur la survie de l’océan (devant la pollution et le changement climatique).

Dans un contexte global et où l’opacité règne sur l’impact des diverses pêcheries, il parait inconcevable de continuer à autoriser la mise à l’eau de tels navires-usines dont la nocivité n’est plus à démontrer. Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France

Sea Shepherd, actuellement en mission de surveillance des pêcheries en Bretagne pour documenter les captures de dauphins en zone côtière par les bateaux « artisanaux », plaide pour l’interdiction pure et simple de navires de pêche de l’envergure du Scombrus et une meilleure surveillance globale des bateaux de pêche, toutes tailles confondues. Une surveillance particulièrement urgente et nécessaire dès lors que les techniques employées entrainent des captures non sélectives, notamment de prédateurs marins à l’instar des dauphins et des requins, très vulnérables à la surpêche.

L’opacité, voir l’omerta qui perdure depuis des décennies sur l’impact de la pêche sur la vie marine profite aux pires pratiques. Cette complaisance coupable récompense tous ceux qui trichent ou qui sont dans l’excès et réduit à néant tous les efforts de conservation et de protection des espèces marines qui peuvent être faits par ailleurs.

Nous invitons les citoyens consommateurs à reconsidérer leurs choix alimentaires. La consommation de poisson a doublé en France et dans le monde ces 50 dernières années. La surpêche qui détruit l’océan ne perdure que parce qu’en bout de chaîne, la demande existe.

Les Comités Des Pêches, principaux responsables de la destruction de l’océan, en appellent à la « solidarité des français »

Olivier le Nézet, président du Comité régional des pêches de Bretagne, le même qui s’obstine jusqu’à l’indécence à nier la responsabilité des pêcheurs français dans le carnage de dauphins sur la façade atlantique française lance dans les médias un « cri d’alarme » face à la baisse de la consommation de poisson frais. « Nous, notre travail, c’est comme les agriculteurs, c’est de nourrir les gens (…) C’est l’occasion de rappeler aux gens qu’il y a des pêcheurs et qu’il faut manger du poisson ! » déclare t-il dans Sud Ouest.

Photo : Sea Shepherd

Si les ventes de poissons s’effondrent c’est parce que les restaurants ferment mais aussi parce que de nombreux français jugent qu’il ne s’agit pas d’un besoin vital de première nécessité. Une réalité qui fait mal et qui pousse les comités à faire pression sur l’Etat.

La réalité, c’est que c’est le contribuable qui nourrit les pêcheurs défendus par les Comités des Pêches et pas l’inverse. Comités des Pêches qui au passage, ne servent que les intérêts des plus grosses flottilles et armements et se fichent pas mal des petits pêcheurs aux méthodes plus sélectives.

Le Nézet en appelle à la responsabilité de l’Etat pour maintenir à flots une industrie qui est déjà sous perfusion de fonds publics, payée par le contribuable à saboter nos chances de survie sur cette planète. Nous en appelons pour notre part à la responsabilité de l’Etat de ne pas céder une énième fois, face au tout puissant lobby de la pêche qui a de tous temps fait la pluie et le beau temps au sein des divers Ministères.

D’ici 2048 les Nations Unies prédisent un effondrement du Vivant dans l’océan, à cause de la pêche. Pas du réchauffement climatique, pas de la pollution plastique ou chimique, non de la pêche !!! En matière de responsabilité, on ne peut certainement rien attendre de Le Nézet. Celui-ci est dans un tel déni qu’il est allé jusqu’à accuser publiquement Sea Shepherd d’avoir trafiqué la vidéo de marins français en train de dépecer un dauphin à bord en vue de le consommer. Ce genre d’attitude n’est plus acceptable et nous déposons plainte en diffamation pour ces propos visant à discréditer nos propos et semer un doute intenable aujourd’hui. Si pendant de nombreuses années les pêcheurs ont nié leur responsabilité en évoquant les tempêtes ou les maladies comme causes de la mort des dauphins, les résultats des autopsies et les nombreuses publications scientifiques sont sans appel. La pêche est la première menace qui pèse sur la vie marine et sur les mammifères marins, dans le monde et en France particulièrement.

Contrairement à ce que prétend Le Nézet, les pêcheurs ne sont pas des agriculteurs, ce sont des chasseurs à grande échelle. Ils ne font rien pousser, c’est la mer qui enfante. Les pêcheurs ne font que prendre. Il semble important de rappeler cette réalité à certains acteurs prépondérants de la filière pêche.

Covid-19 donne à l’océan l’occasion de souffler. Plutôt qu’une solidarité avec une filière destructrice du Vivant, on demande plutôt aux consommateurs habituels de poissons de saisir cette opportunité pour apprendre à se passer du superflu, un superflu qui est en train de nous coûter l’essentiel.

Enfin, nous appelons les Comités des Pêches à cesser ses chantages absolument déplacés en pareille période et à rester confinés, eux et leurs navires, pour le bien de tous, à commencer celui de l’océan.

Articles cités en référence :
https://www.sudouest.fr/2020/03/18/cri-d-alarme-des-pecheurs-il-faut-manger-du-poisson-frais
https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-l-actu/breizh-izel/olivier-le-nezet

Quand l’Europe s’engage à exterminer la biodiversité marine…

« Préférer ne pas construire, ne pas développer, ne pas organiser ; renoncer même, se fondre humblement dans le décor du paysage pour laisser d’autres formes de vie s’épanouir et constituer leurs mondes ; chérir la gratuité et le don ; prendre soin des plantes et des bêtes sauvages ; consacrer son temps et son talent à protéger et à entretenir des milieux qui n’ont rien à offrir en retour qu’une beauté à couper le souffle, voilà bien de quoi faire trembler les patrons du CAC40. » Virginie Maris

Le milieu marin représente plus de 90% du volume de « notre planète » et souffre d’un manque de connaissance et de reconnaissance. Des millions d’espèces se voient en effet considérées comme des êtres inférieurs, de simples objets incapables de souffrir et dont la vie ne devrait servir que nos propres intérêts.

Les mammifères marins sont particulièrement impactés par les activités humaines et L’IPBES indique que 39% de ceux-ci sont menacés d’extinction. Ceci s’explique par le fait que 3 millions de baleines ont été tuées au cours du 20ème siècle et que près de 90% des populations de dauphins de l’océan indien ont été décimées par l’industrie de la pêche ces 40 dernières années, notamment par les captures qui n’ont rien d’accidentelles. Et il ne faut pas non plus oublier les pressions tierces exercés par les pollutions (sonores, chimiques…) engendrées par les activités humaines.

La situation des dauphins de France et plus particulièrement du Golfe de Gascogne n’est guère plus enviable. En effet, tout laisse à penser que cette population pourrait être décimée d’ici 20 ans par les méthodes pêches de non-sélectives, si rien n’est entrepris.

Et pourtant, il y a 15 ans l’Europe en son ensemble s’était engagée à lutter contre les méthodes de pêches destructrices et non sélectives. Puis en 2010, lors de la conférence de Nagoya, la plupart de ses pays membres s’accordaient sur le fait qu’il fallait tout mettre en œuvre pour qu’en 2020 l’extinction d’espèces menacées connues soit évitée et que leur état de conservation, en particulier de celles qui tombent le plus en déclin, ce soit amélioré.

Ceci est bien entendu est resté lettre morte notamment à cause d’un lobbying intense de l’industrie de la pêche. Nos dirigeants ont bien entendu encore renoncé à leurs engagements et désormais l’Europe s’apprête à allouer une enveloppe de plus de 6 milliards d’euros afin de financer des méthodes de pêche de plus en plus destructrices et de nouveaux bateaux de plus en plus performants tandis que la biodiversité marine est au bord de l’implosion.

Pour toutes ces raisons nous demandons à ce que les subventions européennes ne soient en aucun cas utilisées pour améliorer les performances des flottilles existantes et financer les pêcheries destructives, non sélectives qui mettent en danger les espèces marines ainsi que leurs habitats.

Nous demandons aussi à ce que les subventions européennes soient uniquement utilisées pour mieux connaître et protéger les espèces et les habitats marins via le financement de programmes universitaires et la création d’un réseau d’aires marines intégralement protégées couvrant au moins 50% de la surface maritime européenne. Mais aussi à ce qu’elles puissent servir à financer le contrôle des activités de pêches, des captures et de la bonne application des lois via la collecte de données sur les activités humaines en milieu marin grâce à la mise en place de programmes d’e-monitoring (caméras embarquées).

Pêche au Chalut interdite sur le plateau de Rochebonne : La mobilisation paye !

En octobre dernier nous vous invitions à participer à la consultation publique contre le chalutage sur le plateau de Rochebonne, autorisé pendant 60 jours tous les 2 ans en dépit d’une classification Natura 2000. Pour rappel, le site héberge de nombreuses espèces protégées et fragiles telles que les dauphins communs, les grands dauphins, les marsouins communs, les globicéphales noirs, les requins pèlerins et de nombreux oiseaux marins.

NON AU CHALUTAGE SUR LE PLATEAU DE ROCHEBONNE

Résultat de la consultation : Un taux de participation record pour la région ! Plus de 4300 contributions essentiellement favorables à l’interdiction de la pêche sur le plateau ont encouragé Fabienne BUCCIO, préfète de Nouvelle Aquitaine, à mettre fin aux accords de 1978 en interdisant définitivement la pêche au chalut sur l’ensemble du site.

Nous espérons que cette décision encourageante sera accompagnée de contrôles fréquents tout au long de l’année afin que cela ne soit pas une nouvelle mesure de papier.

Dans le communiqué de presse publié ce jour, il est également indiqué qu’une réflexion sera proposée pour « la constitution d’une zone de protection forte sur ce plateau, sous la forme par exemple d’une réserve naturelle ». Si cela s’accompagne d’un programme de surveillance avec des contrôles et des sanctions efficaces, il s’agirait d’une réelle mesure de protection pour le site, les chaluts n’étant pas la seule menace pesant sur la survie des cétacés. Toutes les méthodes de pêche non sélective sont à bannir et certaines sont encore autorisées sur le plateau tout au long de l’année. Nous nous tenons à la disposition de Madame BUCCIO pour lui apporter toute notre expérience et notre soutien pour que cette réflexion se concrétise.

Le hasard calendaire fait particulièrement bien les choses notre navire le Sam Simon étant dans le secteur pour l’opération Dolphin ByCatch. L’année dernière, nous avions aperçu des chalutiers en pleine pêche illégale sur plateau, la pratique n’y étant pas autorisée. Cet hiver, nous serons particulièrement vigilants et veillerons à ce que cette interdiction soit respectée !

Lien vers la consultation publique : https://www.prefectures-regions.gouv.fr/nouvelle-aquitaine/Documents-publications/Salle-de-presse/Communiques-et-dossiers-de-presse/Fin-de-la-peche-au-chalut-pelagique-sur-le-plateau-de-Rochebonne