cruauté animale

CEUTA : NE VOLEZ PAS AU DAUPHIN SA MORT

Publié le 5 septembre 2026

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Depuis plusieurs jours, les images d’un jeune dauphin mort sur une plage de Ceuta circulent largement.

Elles sont choquantes et indignes.

Voir cet animal manipulé, porté et exhibé de cette manière provoque légitimement la colère. Chez Sea Shepherd aussi.

Les faits établis à ce stade sont toutefois limités : un dauphin a été retrouvé mort sur le rivage et son corps a été manipulé par plusieurs personnes qui affirment qu’il était déjà mort quand elles l’ont trouvé. Une plainte a été déposée afin que les circonstances de sa mort soient éclaircies.

Le reste demeure à ce stade, de la spéculation.

Aucune image rendue publique ne montre le dauphin avant sa mort. Les vidéos disponibles ne montrent pas davantage le moment où il aurait été tué. Selon les différentes versions rapportées, l’animal aurait été frappé avec un bâton ou avec des pierres. Ces affirmations ont été répétées jusqu’à devenir, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, une vérité.

Pourtant, le fait est qu’à ce stade, nous ne savons pas comment cet animal est mort.

Cela ne signifie pas qu’aucun acte répréhensible n’a été commis. Cela signifie que les faits doivent être établis par une enquête, et non par la répétition d’une accusation.

Nous voulons savoir dans quel état se trouvait le dauphin lorsqu’il est arrivé près du rivage. Était-il vivant, blessé, agonisant ou déjà mort ? Qu’est-ce qui lui a été fait ? Si des personnes l’ont volontairement blessé ou tué, elles doivent être identifiées et répondre de leurs actes.

Lorsqu’on prétend défendre les animaux, la vérité devrait compter.

C’est précisément pourquoi nous refusons que la mort de ce dauphin soit transformée en carburant politique.

En quelques heures, son histoire a cessé d’être celle d’un animal mort pour devenir celle de « migrants marocains ». Des médias et des comptes qui ne se distinguent habituellement pas par leur engagement en faveur des animaux se découvrent soudain une capacité d’indignation spectaculaire, au moment même où celle-ci leur permet de parler de « barbarie », de « migrants » et de « Marocains ».

Ce n’est plus défendre un animal.
C’est utiliser un animal.

Et le choix des mots n’est pas neutre. Pourquoi l’origine supposée ou le statut administratif des personnes présentes sont-ils devenus l’information centrale ? Si un Français commet un acte de cruauté envers un animal en France, titre-t-on systématiquement sur « un Français » ? Si un Espagnol maltraite un animal à Ceuta, son identité nationale devient-elle automatiquement le sujet principal ?

La cruauté envers un animal est le fait d’individus. Elle n’a ni passeport, ni ethnie, ni statut migratoire.

À Ceuta, territoire marqué par une histoire complexe et par un conflit de souveraineté entre l’Espagne et le Maroc, qualifier immédiatement les personnes présentes de « migrants marocains » inscrit cette affaire dans un récit politique qui dépasse largement ce dauphin et l’indignation légitime que suscitent ces images.

Le dauphin, n’a rien à voir avec les frontières humaines. Il ne connaît ni Ceuta, ni Madrid, ni Rabat. Il ne connaît ni nos drapeaux, ni nos querelles de souveraineté, ni nos obsessions identitaires.

Et pourtant, après sa mort, il est devenu malgré lui l’un de leurs instruments.

Nous voyons se fabriquer sous nos yeux une certitude à partir d’images qui ne montrent pas ce qu’on leur fait dire. Une accusation devient un fait par répétition, puis un fait devient un argument politique dès lors qu’on y accole les mots « migrants » et « Marocains ». Ce n’est pas de l’information. C’est une récupération émotionnelle. Et le dauphin, lui, disparaît derrière le récit qu’on projette sur son corps.

C’est peut-être cela qui nous révolte le plus : que sa souffrance, réelle ou supposée, passe au second plan derrière le besoin de désigner un camp, un ennemi ou une population à mépriser.

Sea Shepherd combat la cruauté envers les animaux sans distinction. Nous demandons une enquête complète, transparente et rigoureuse : analyse des images originales, recueil des témoignages, examen des circonstances de l’échouage et détermination précise des causes de la mort

Si ce dauphin a été volontairement tué, nous demanderons justice pour lui. Mais nous ne participerons jamais à une mise en accusation collective fondée sur des faits qui ne sont pas établis.

Aimer les animaux ne signifie pas abandonner son esprit critique. Au contraire, c’est refuser qu’ils servent à nourrir notre part d’ombre.

Nous exigeons la vérité, la justice pour l’animal et la fin de son instrumentalisation.

Ce dauphin mérite mieux que de devenir après sa mort une arme dans une guerre qui n’était pas la sienne.

Lamya Essemlali

Présidente de Sea Shepherd France

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