Antarctique : Lamya Essemlali dénonce la pêche au krill et l’intervention de la marine chilienne
Dans un entretien accordé à la presse chilienne, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France et cheffe de mission à bord du Bandero, revient sur l’affrontement avec des chalutiers industriels de krill et critique vivement l’intervention de la marine chilienne dans les eaux antarctiques.
« Ce que fait la marine chilienne, c'est trahir sa mission première, qui est de servir les populations et l'écosystème, et non des entreprises privées. »
C'est ce qu'a déclaré Lamya Essemlali, la militante française qui, depuis le pont du navire Bandero, dirige la campagne « Krill Wars » de l’ONG Sea Shepherd France, lors d'un entretien avec La Prensa Austral, le seul média chilien auquel elle s'est confiée au sujet de l'affrontement du 4 avril dans le détroit de Bransfield.
Âgée de 46 ans, d’origine marocaine et engagée depuis deux décennies dans la défense de l’environnement marin, Lamya Essemlali a cofondé Sea Shepherd France avec Paul Watson en 2006. Elle commande aujourd’hui le Bandero, un navire de 64 mètres qui effectue des patrouilles contre les flottes de pêche japonaises, et que l’ONG a acquis en secret auprès du gouvernement japonais en 2024.
Avec un équipage de 19 personnes, elle a passé des semaines à affronter la flotte industrielle de pêche au krill dans les eaux antarctiques, et le 4 avril, elle a été impliquée dans une confrontation de six heures avec le navire norvégien Antarctic Endurance, qui s'est terminée par la fuite de ce dernier, son système d'identification automatique (AIS) éteint, après l'intervention de la marine chilienne avec le remorqueur Lientur.
Le Chili n'a aucune juridiction
C'est précisément la présence de la marine chilienne lors de cette confrontation qu'Essemlali conteste le plus vivement :
« Nous ne reconnaissons pas la juridiction de la marine chilienne dans ces eaux. Ce sont des eaux internationales. Trois pays revendiquent une juridiction — le Chili en fait partie — mais aucune n’a été validée », affirme-t-elle.
Et elle va plus loin :
« Ils ont choisi de se ranger du côté d’entreprises privées qui jouent avec le feu en Antarctique et dévastent l’écosystème sans alerter le monde de ce qu’elles font. »
D’un point de vue juridique, la position d’Essemlali repose sur des bases réelles, bien qu’incomplètes. La revendication chilienne sur le territoire antarctique couvre la zone comprise entre les méridiens 53° et 90° ouest, mais elle est gelée par l’article IV du Traité sur l’Antarctique de 1959, qui suspend les revendications territoriales sans les éteindre. En pratique, aucun État ne dispose d’une souveraineté internationalement reconnue sur ces eaux.
La Marine a justifié son intervention dans le cadre de la CCAMLR et du système du Traité sur l’Antarctique, mais la tension juridique sous-jacente reste sans solution.
« Ils n’ont pas de pouvoirs de police. La CCAMLR est une organisation qui réglemente la recherche scientifique et l’industrie de la pêche au krill. Des réglementations qui sont faibles, dépourvues de critères scientifiques de base à grande échelle. Nous remettons également en question la science du krill. Au sein de la CCAMLR, qui n’est pas complète, elle est biaisée », déclare Essemlali.
« La marine chilienne n’a pas la compétence pour arraisonner notre navire. Quand ils parlent de “mesures supplémentaires”, nous ne savons pas ce qu’ils entendent par là. Nous sommes prêts à tout », ajoute-t-elle.
Le gouvernement Kast
Le nouveau gouvernement chilien, en place depuis le 11 mars, a déclaré que sa position souveraine sur l’Antarctique constituait l’un des axes de sa politique étrangère, ce qui n’échappe pas à la critique de la militante :
« Il semble qu’ils aient un agenda politique en revendiquant la souveraineté sur les eaux antarctiques, non pas pour de bonnes raisons, mais pour utiliser ces arguments afin de protéger des entreprises privées au lieu de protéger l’intégrité de l’écosystème et les droits des générations futures », explique Essemlali.
Son diagnostic est sans détour :
« Nous craignons qu’ils ne suivent un agenda personnel et politique qui ne correspond plus aux intérêts du peuple chilien. »
« La collision était délibérée »
Concernant les événements du 31 mars — lorsque le navire Bandero est entré en collision avec le bateau de pêche Antarctic Sea d’Aker BioMarine, une entreprise qui a qualifié l’incident de « collision accidentelle » —,
Essemlali rejette cette version :
« Ce n’était pas un accident. C’était délibéré, même si cela n’a causé aucun dommage », affirme-t-elle sans hésitation. « Nous l’avons fait pour envoyer un message fort. »
Aker BioMarine a annoncé des poursuites judiciaires. La réponse d’Essemlali est provocante :
« S’il y a des répercussions juridiques, nous saisirons cette occasion pour attirer davantage l’attention et sensibiliser davantage le public à cette question. S’il y a un procès, ce sera aussi un procès contre Aker pour sa présence en Antarctique et pour ce qu’elle y fait. »
Message pour Punta Arenas
Interrogée spécifiquement sur les habitants de Punta Arenas — la ville que le Chili considère comme sa porte d’entrée vers l’Antarctique et dont l’identité est profondément liée à ces eaux —, Essemlali est catégorique :
« La marine chilienne devrait œuvrer pour protéger le bien commun, et non intervenir pour défendre les intérêts privés de la Norvège ou de toute autre entreprise qui tire profit de l’Antarctique. »
« Les habitants de Punta Arenas doivent comprendre que nous nous battons pour l’intégrité de l’écosystème et pour les populations. Les habitants de Magallanes devraient se sentir concernés et s’impliquer dans ce qui se passe dans la région, car c’est un endroit très sensible », ajoute le militant.
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