Depuis l’inauguration en grande pompe du Kangei Maru, le plus grand navire baleinier jamais construit, les 4 hommes qui dirigent aujourd’hui Sea Shepherd Global (Alex Cornelissen, Peter Hammarstedt, Jeff Hansen et Geert Vons) se sont réfugiés dans un silence assourdissant.

Alors que le monde regarde sous le choc cette grande faucheuse de baleines prendre la mer pour une première mission visant à tuer 200 baleines, une petite mise en bouche avant ses missions de chasse en Antarctique et dans le pacifique nord, l’organisation de défense des baleines la plus active au monde (ou du moins sa branche hollandaise qui a récupéré l’ensemble des navires) n’a rien à dire. Silence radio. Pire, Global (qui ne mérite pas le nom de Sea Shepherd) vient de publier dans ce contexte un post qui annonce la couleur “La chasse baleinière n’est plus la première menace pour les baleines”.

Kangei Maru Global Sea Shepherd Global baleinier japonais

Et de lister la pollution plastique, le changement climatique, le trafic maritime, les filets de pêche… comme étant des menaces bien plus préoccupantes pour l’avenir des baleines. Tous ces enjeux sur lesquels Sea Shepherd France (qui a beaucoup moins de moyens que Global) et de nombreuses autres organisations travaillent d’arrache-pied n’infirment pas l’évidence suivante :

Qui peut croire que des problématiques aussi vastes, complexes et avec tant d’intrications dans les vies de tout un chacun seront résolues si nous ne sommes même pas capables, en tant qu’espèce, de stopper en 2024, la mise à mort de milliers de baleines, traquées et déchiquetées au harpon explosif pour des motifs purement politiques ??

La rhétorique des 4 dirigeants de Global est abjecte, lâche et trompeuse. Le “choix” qu’ils annoncent faire est influencé par d’autres motifs, bien moins avouables.

En 2018, lorsque le capitaine Watson a voulu renvoyer Sea Shepherd en Islande pour stopper la chasse baleinière, Peter Hammarstedt et Alex Cornelissen lui ont répondu : “Il n’en n’est pas question, nous sommes en train de changer d’image de marque. Nous avons aujourd’hui des gros donateurs comme les assurances Allianz, la loterie néerlandaise et nous travaillons avec des gouvernements africains. La dernière chose dont nous avons besoin c’est que les médias se remettent à parler des baleiniers que nous avons coulés en Islande. Nous avons trop à perdre.”

Quelques années plus tard, ils évinçaient le capitaine Paul Watson, Fondateur de Sea Shepherd, devenu trop gênant, au moyen d’un email de trois lignes et quatre mois plus tard, ils m’évinçaient aussi pour être restée fidèle à l’ADN originel du mouvement et avoir refusé le “changement d’image de marque”.

Ceux qui ont pu penser que des gens capables de trahir aussi salement le plus grand défenseur de l’océan, le capitaine Paul Watson, à qui ils doivent toute leur “carrière” dans la conservation, feraient passer l’océan avant leurs propres intérêts, n’ont pas bien compris de quoi il en retourne.

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Quel lien avec Maruha Nichiro, l’une des plus grosses multinationales baleinières au monde… ?

Aujourd’hui, Jeff Hansen, co-directeur de Global et directeur de Sea Shepherd Australie n’hésite pas à établir des partenariats entre Sea Shepherd Australie et Austral Fisheries, compagnie de pêche industrielle à la légine australe, avec la bénédiction des trois autres directeurs de Global. Le tout publiquement et sans complexe, le directeur de Sea Shepherd Australie et le Directeur exécutif d’Austral Fisheries, déclarent “partager la même vision sur l’avenir de la pêche durable”. Global est également fier d’avoir pu acquérir à “bon prix” son dernier bateau, le Allankay, auprès d’Austral Fisheries.

Or, en 2013 la multinationale japonaise Maruha Nichiro rachète 50 % des parts d’Austral Fisheries. Un rapport de Environnemental Investigation Agency, EIA (en lien) établit que Maruha Nichiro est l’une des trois multinationales japonaises qui a tué près d’un demi-million de baleines jusqu’à l’instauration du moratoire en 1986 et qui a poursuivi la chasse illégalement après cela dans le sanctuaire baleinier antarctique. Elles ont vendu depuis l’instauration du moratoire des dizaines de millions de boites de conserve de viande de baleines au Japon (voir rapport EIA)

Maruha Nichiro a été l’ennemi direct de Sea Shepherd pendant nos années d’opposition à la chasse baleinière en Antarctique, le tableau de chasse sanglant de cette entreprise de la mort responsable du massacre de centaines de baleines bleues et d’innombrables baleines d’autres espèces est aujourd’hui, à travers Austral Fisheries, un partenaire de Sea Shepherd Australie, avec la bénédiction de Sea Shepherd Global. Voilà que la réalité dépasse la fiction.

Les 4 directeurs de Global ont non seulement illégalement évincé Paul Watson et moi-même du board, ils ont aussi gardé la main sur les navires et poursuivi Sea Shepherd France en Justice pour tenter de nous interdire l’usage du nom et du logo du mouvement qu’ils ont usurpé à son fondateur et détourné de ses objectifs originaux, tout en n’hésitant pas à pactiser avec nos ennemis d’hier (et d’aujourd’hui).

Alors bien sûr, rien de tout cela n’est avouable donc faire silence sur le Kangei Maru et parler de toutes les menaces qui pèsent sur les baleines sauf de la plus évidente à stopper, la plus insensée, la plus irrationnelle, issue d’un autre temps : la mise à mort programmée de plusieurs milliers de baleines à coup de harpons explosifs.

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Comment ces 4 individus peuvent dormir la nuit reste un mystère pour moi.

Ils sont l’incarnation de la plus sournoise et la plus vile des trahisons ; au-delà de Paul Watson, de moi, des milliers de personnes qui soutiennent Sea Shepherd, ils ont trahi les baleines. J’ai honte qu’ils osent arborer le logo Jolly Roger, symbole de non-compromission, de dévouement et de courage. Nous ferons tout, avec le capitaine Paul Watson pour empêcher le Kangei Maru de remplir ses funestes objectifs. Et cela ne nous empêchera pas de continuer à lutter contre la pêche illégale, les captures accidentelles, la pollution plastique et le changement climatique… comme le font déjà des centaines d’autres organisations.

Mais sur le front de la chasse baleinière, face aux harpons, le capitaine Watson et nous serons seuls, portés par le soutien et la confiance de ceux qui n’ont pas oublié qui est le Sea Shepherd originel. Le temps fera la lumière sur la véritable histoire du hold-up du plus grand mouvement de défense de l’océan.

D’ici là, pas le temps de se décourager, la lutte continue, plus qu’hier et moins que demain.

Merci à toutes celles et ceux qui sont à nos côtés.

Lamya Essemlali

Présidente et Fondatrice de Sea Shepherd France

Quelques sources pour aller plus loin :

https://www.theceomagazine.com/business/management-leadership/austral-fisheries/

https://statebuildings.com/events/out-of-the-blue-a-como-conversation/

Rachat de 50% du capital d’Austral Fisheries par https://www.australfisheries.com.au/news/2013/notice-of-change-in-shareholding

Rapport EIA sur les massacres de baleines orchestrés entre autres par Maruha Nichiro  : https://eia-international.org/wp-content/uploads/We_Dont_Buy_It.pdf

https://www.linkedin.com/pulse/austral-fisheries-maruha-nichiro-sustainable-david-lawson/